Chaque été, les représentants des parcs naturels régionaux de l'Ariège, de l'Espagne et de l'Andorre se réunissent aux cols frontaliers pour renforcer leur coopération transfrontalière. Ces rencontres symbolisent un...
l'essentiel Chaque été, les représentants des parcs naturels régionaux de l'Ariège, de l'Espagne et de l'Andorre se réunissent aux cols frontaliers pour renforcer leur coopération transfrontalière. Ces rencontres symbolisent un attachement commun à la préservation du patrimoine naturel et culturel, et visent à promouvoir un modèle d'union pyrénéenne auprès des instances européennes.
Au port de Bouët comme au port du Rat, au sommet des cimes pyrénéennes, la montagne ne sépare pas : elle rassemble. Chaque été, les cols frontaliers de l’Ariège, de l’Espagne (côté catalan) et de l’Andorre deviennent le théâtre d’un événement unique sur le continent européen.
En effet, les représentants des trois parcs naturels régionaux de ces trois pays s’y réunissent pour célébrer et renforcer une coopération transfrontalière historique. Pour Kamel Chibli, président du pendant ariégeois, le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises (PNR), ces rencontres au sommet incarnent bien plus qu’une simple tradition administrative. "C'est unique dans toute l'Europe, ces parcs frontaliers, et on a de nombreux projets qu'on porte ensemble", rappelle-t-il.
Une symbolique forte loin des bureauxSur place, les échanges se déroulent aussi bien qu'autour d'une table dans une salle de réunion. Élus, délégations officielles et simples citoyens - Ariégeois, mais aussi Tarnais ou Haut-Garonnais - se rejoignent au niveau des cols pour échanger des temps de parole et des présents. Cette année, la vice-présidente du Parlement andorran et la maire d’Ordino ainsi que des élus du Conseil régional de Catalogne ont fait le déplacement aux côtés de leurs homologues ariégeois.
L’esprit de ces rencontres au sommet repose sur un attachement partagé à un territoire commun : "Ce sont des rendez-vous annuels importants, puisque qu'on peut parler des projets que l'on porte ensemble", souligne Kamel Chibli. Cela recouvre aussi bien la préservation du patrimoine matériel - pierre sèche, orris - qu'immatériel - tradition et histoires culturelles -, le pastoralisme, le tourisme, l'adaptation à la sécheresse ou encore le développement des liens.
Ariégeois, Catalans et Andorrans se sont rencontrés au sommet des cimes pyrénéennes.
DRLe président du PNR voit aussi une autre image dans ces rencontres transfrontalières : "Dans ce monde un peu perturbé, on montre qu'on peut créer du lien et que la montagne, ce n'est pas forcément une frontière, mais un patrimoine naturel qui nous relie", avance-t-il. L'Ariégeois rappelle par ailleurs que, pendant la Seconde Guerre mondiale, ces cols étaient empruntés par les victimes du nazisme et du fascisme pour y échapper : "C'est une symbolique importante, aujourd'hui, on veut avancer ensemble plutôt que séparément."
Une reconnaissance internationale à l'horizon ?Au-delà des Pyrénées, ces échanges prennent une dimension internationale autre, avec par exemple des échanges autour du parc pyrénéen des Trois nations. Même si l'Andorre n'appartient pas à l'Union européenne, une collaboration s'est nouée autour du projet POCTEFA soutenu par la communauté européenne, afin de "renforcer l’intégration économique et sociale de la zone frontalière Espagne-France-Andorre".
Les élus ont dessiné les contours des futures relations transfrontalières.
Une prochaine étape majeure sera aussi un déplacement coordonné à Bruxelles pour plaider la cause de ce modèle d'union pyrénéenne auprès des instances européennes. "On souhaite présenter au Commissaire européen à Bruxelles, au Parlement, l'ensemble des travaux qu'on a menés, avec l'aide de la députée Claira Fita", éclaire Kamel Chibli. "On a besoin qu'on nous soutienne sur un projet qui peut faire figure d'exemple, notamment qui lie la préservation de l'espèce, la préservation du patrimoine, mais aussi qui fait vivre nos montagnes, sans sanctuarisation mais avec des relations."
Les limites de la collaboration transfrontalière pyrénéenne ne s'arrêtent toutefois pas à l'Europe, avec à l'horizon l'agrandissement de la réserve mondiale de biosphère d'Ordino. Ce label Unesco caractérise "des lieux d’apprentissage du développement durable" via la préservation de la biodiversité, l'éducation, le développement économique et l'appui logistique. "L'Andorre a de l'avance sur ce projet-là, parce qu'ils sont déjà reconnus, mais nous faisons les démarches pour les rejoindre et former un grand ensemble", avance le président du PNR, évoquant un "espace commun de connaissances et d'innovation, avec des valeurs écologiques, l'accès à l'emploi et la formation, un espace inclusif connecté, la culture et le domaine durable".