Ce samedi (16 h 35), entre le Racing 92 et l’USAP, c’est un match quasiment sur terrain neutre qui va se disputer. Les deux équipes peinent à performer loin de la Plénitude Aréna pour l’une et d’Aimé-Giral pour...
Ce samedi (16 h 35), entre le Racing 92 et l’USAP, c’est un match quasiment sur terrain neutre qui va se disputer. Les deux équipes peinent à performer loin de la Plénitude Aréna pour l’une et d’Aimé-Giral pour l’autre. Les anciens champions de France catalans Jérôme Porical et Farid Sid tentent de trouver des explications.
Cela fait deux ans et demi que l’USAP attend de retrouver la réussite à l’extérieur. Deux ans et demi qu’elle cherche le fameux déclic, celui qu’elle a travaillé pour trouver le salut de son maintien en access-match, celui qu’elle cherche toujours pour l’assurer sans avoir à passer par ce barrage. Et ce samedi (16 h 35), elle se déplace sur une pelouse qui n’appartient pas réellement à son hôte : à Créteil pour y affronter le Racing 92.
"On va être huit mois sur onze à l’extérieur", constatait le manager francilien Patrice Collazo après sa deuxième défaite en deux matches au stade Dominique-Duvauchelle contre Bayonne ce samedi (17-20). Une équipe qui se considère donc à l’extérieur face à une autre qui l’est réellement : à qui l’avantage ? Qui a l’ascendant mental dans ce Top 14 où les matches à domicile sont un réel avantage : 75 % de victoires sur ses terres cette saison, un taux qui n’a été dépassé qu’une fois en dix ans (en 2023-2024, 77 %).
Le public joue un vrai rôle dans les deux sensCoïncidence ou non, la fois où le taux a été le plus bas au cours des dix dernières années, c’était en 2020-2021 (64 %), lors de la période Covid. "Quand il n’y a pas de monde dans le stade, selon moi, c’est compliqué", estime l’ancien arrière champion de France avec l’USAP, Jérôme Porical. Une théorie consolidée par le début de saison du Racing 92.
Deux défaites à Créteil, mais une victoire à La Rochelle (10-20) : "Quand on va là-bas, devant 18 000 spectateurs, on se prépare et on gagne, étayait Patrice Collazo. On n’est pas en configuration d’être efficace à Créteil". Un aspect mental qu’évoque Farid Sid, ancien ailier sang et or champion de France en 2009 : "Aujourd’hui, la préparation mentale est plus commune, mais il faut qu’elle soit très personnelle pour savoir qui a besoin de quoi pour se mettre dans les meilleures dispositions et que ça vienne de soi-même."
L’ancien joueur de Brive et Colomiers donne également son exemple : il avait besoin "de s’entraîner plus, même si c’était délétère physiologiquement, mais ça me rassurait". Collectivement, l’approche mentale évolue également ces dernières saisons. "Ce qui est dur à comparer, c’est si tu évolues dans une équipe qui joue pour gagner ou une équipe qui joue pour ne pas perdre, interroge-t-il. Aujourd’hui, ce qu’on voit essentiellement, c’est qu’à domicile on se dit qu’il faut absolument gagner, mais à l’extérieur on se dit qu’on va essayer de faire un résultat."
Les turnovers en question, la marge de progression de l’USAP ?Une question d’approche, mais aussi de profondeur de banc, car il est devenu commun de faire des rotations à l’extérieur. Mais en cela, l’USAP semble progresser. Même si à Montpellier ça ne s’est pas vu, la performance face à Bordeaux-Bègles (38-25) avec trois Espoirs sur la feuille de match et sept changements par rapport à la victoire face à Castres montre que le turnover peut faire moins peur. "Ça faisait notre force, se souvient Farid Sid. Il y avait un groupe très large et chaque match était une opportunité, soit de gagner sa place, soit de la perdre. Donc ça remotivait."
Il y a aussi une question de repères. L’USAP en sait quelque chose avec ses délocalisations à Béziers qui n’ont jamais été des après-midis de fête comme à Aimé-Giral. Le stade Raoul-Barrière était en capacité d’accueillir autant de Catalans, mais sur la pelouse, dans leurs routines, les sang et or n’ont jamais retrouvé la même énergie. Être itinérant comme l’est le Racing 92 n’aide donc pas et explique les cinq victoires en dix matches à Créteil depuis le début de la saison 2024-2025.
Mais Jérôme Porical garde en première explication le public. Il peut galvaniser lorsqu’il pousse derrière son équipe, transcender l’adversaire lorsqu’il se dresse contre lui, ou l’inverse. "L’apport du public donne toujours un avantage. Quand tu es habitué à 14 000 personnes et que tu passes à peu, ça change quelque chose, confie l’ancien arrière. Pour le Racing 92, c’est pareil, jouer dans un stade avec peu d’apport du public et rien qui transcende, la donne n’est plus la même."
C’est peut-être pour cela que le Racing a su faire un résultat à La Rochelle. Il s’est nourri de l’adversité, quand à Créteil il se cherche encore. Les contraintes mentales, tactiques et celles liées aux rotations contraignent les équipes à changer de visage. Mais si l’effectif catalan s’homogénéise et surfe sur la dynamique actuelle, il aura une opportunité à saisir face à une équipe qui n’a pas l’air plus en confiance que lui au stade Dominique-Duvauchelle. "C’est un match à pointer", résume Porical.