Вход на сайт

Просмотр новости

Найдите то, что Вас интересует

Lycéens et étudiants : alors dansons avec Céline Dion ?

Дата публикации: 06-10-2026 17:30:13

L’acteur oscarisé Matthew McConaughey a fait son retour sur grand écran avec un film indépendant, « Oklahoma Honey ». Du film surgissent des questions en écho à notre actualité immédiate : la focalisation gouvernementale et médiatique sur les violences dans le mouvement lycéen et étudiant en cours…

Основное содержимое страницы с новостью.

Les agitations politiciennes qui emplissent l’actualité médiatique sont le plus souvent décevantes. Si on levait plutôt nos nez du guidon de ces jeux superficiels pour se saisir de questions politiques de fond posées par des mouvements sociaux, hier comme aujourd’hui ? En associant le philosophe Ludwig Wittgenstein, le penseur anarchiste Luigi Fabbri et le poète René Char à un film et à deux chansons.

« Oklahoma Honey » : une ruralité progressiste et écolo

Dans « Oklahoma Honey » d’Andrew Patterson (sortie en France le 19 août), on célèbre le rural, le miel, le pluriculturel et la convivialité grâce à la musique, en tout cas dans un premier temps du film. La bande-son de bluegrass se révèle enchanteresse. On n’a pas affaire à la mythologisation trumpiste d’une Amérique rurale supposée « authentique » face aux dérèglements « woke » des grands centres urbains. Car le film met en scène une ruralité progressiste et écolo parsemée de marginaux attachants. Dans la première partie trône l’excellentissime Matthew McConaughey, en amoureux des abeilles partagé entre joie de vive et mélancolie (il a perdu son épouse). Kurt Russell vieillissant joue le méchant capitaliste prédateur.

La seconde partie change de registre et déraille : le « wokisme » se fait assassin, dans une primauté accordée à la vengeance. L’agent principal en est une jeune Amérindienne interprétée par Angelina LookingGlass, dont l’incarnation d’une détermination tranquille est toutefois à saluer. Le thriller est loupé, la politique est brouillée, même si les acteurs sont bons.

Dans une chanson sortie en mars 2025, « Je pardonne », Zaz nous invite à prendre un chemin plus émancipateur, à rebours du film de Patterson, en appelant justement à se désintoxiquer du poison du ressentiment : « L’amertume n’est pas ma maison/La rage, mais pas la rancœur/La colère mais pas l’aigreur ». Dans le vis-à-vis entre Patterson et Zaz réémerge le débat classique entre les fins et les moyens de l’action émancipatrice : tous les moyens sont-ils bons pour faire advenir des fins justes ? Dans le cas d’« Oklahoma Honey », il s’agit de se venger de salauds et de récupérer des ruches volées. Quand le gouvernement met en accusation « les violences » entourant le mouvement lycéen et étudiant, il réactive aussi ce débat, mais du côté unilatéral des défenseurs de l’ordre social et politique dominant.

Il y a violence et violence…

La catégorie de « violences » dans le langage gouvernemental et médiatique est trompeuse : elle tend à amalgamer des choses disparates. Or, nous avons appris, dans le « Cahier bleu » (1933-1934) du grand philosophe du XXe siècle Ludwig Wittgenstein, à identifier un écueil langagier : la quête « d’une substance qui réponde à un substantif ». C’est-à-dire que quand on a un substantif, un nom, comme « les violences », on a tendance à aller chercher derrière une substance, un ensemble homogène. Et on risque avec ce bulldozer langagier de passer à côté de la diversité et des contradictions du réel que l’on s’efforce de connaître. Un tel substantialisme alimente couramment les polémiques publiques et les manichéismes concurrents qui s’y expriment.

Ainsi bloquer un lycée ou une université, moyen d’action pacifique pratiqué par plusieurs générations de jeunes, se défendre légitimement contre une charge de CRS, brûler des poubelles pour le fun ou pour réagir à une agression policière, dégrader des locaux publics, mettre le feu à un lycée, accidentellement ou intentionnellement, ou agresser des personnels de l’Education nationale : en amalgamant ces actes disparates sur le plan de leurs effets comme de leur légitimité, on embrouille le débat en étant aimanté par la logique ultrasécuritaire portée par une extrême droite aux portes du pouvoir.

Dans une telle irresponsabilité aiguillonnée par la démagogie illibérale d’un Rassemblement national (RN) marqué à la culotte par Bruno Retailleau, le gouvernement est conduit à lâcher la bride à la brutalité policière, avec pour effet des dommages encore plus inacceptables quand il s’agit ainsi de mineurs (perte de l’usage d’un œil à Tours par un lycéen de 16 ans, mâchoire fracassée pour un adolescent de 14 ans à Saint-Ouen-l’Aumône…). Pire, on prend le risque d’un drame mortel.

Sans pour autant symétriser le poids des différents points de vue dans le débat public, ceux qui, du côté du mouvement, justifient, de manière beaucoup plus minoritaire dans le concert médiatique, « les violences » illégitimes générées par quelques manifestants par « les violences policières » ou par « la violence sociale », participent aussi aux amalgames substantialistes. Et ils restent dépendants de la problématisation dominante du réel au lieu de le problématiser de manière autonome, dans une perspective d’émancipation. Pourtant, on pressent que, dans une telle optique émancipatrice, détériorer, voire brûler, des bâtiments scolaires affaiblit une lutte pour améliorer les moyens de l’école publique, blesser des personnels scolaires va dans le sens inverse d’une société meilleure à venir protégeant la dignité des personnes comme l’utilité des fonctions éducatives. Si de tels actes illégitimes s’accroissaient, cela pourrait servir de point d’appui au RN pour faire oublier l’affaire Bardella en se relégitimant par un discours de « rétablissement de l’ordre républicain ».

L’anarchiste italien Luigi Fabbri a traité de manière éclairante ce type de questions dans une série d’articles publiés en 1906 et 1907 que l’historien Gaetano Manfredonia vient opportunément d’éditer, en recontextualisant ses apports et ses limites, sous le titre « Essais sur la violence » (1). Fabbri met en cause l’attrait d’une partie de la mouvance anarchiste pour la violence physique contre les personnes en l’expliquant par une « influence bourgeoise », et en particulier « la théorie fausse et bourgeoise qui justifie la loi du talion ». Or, pour lui, « l’anarchie est la négation de la violence, et son but ultime est la pacification de la société humaine ». C’est pourquoi « une seule forme de violence envers autrui serait justifiée et justifiable : la violence défensive ». Manfredonia rappelle que Fabbri rattache l’anarchisme « à la tradition de l’humanisme et du droit individuel ».

Cependant, la position de Fabbri doit être nuancée, car la violence physique n’est pas « toujours condamnable » dans la lutte, « pas du tout » précise-t-il, même si c’est « une chose douloureuse qui contredit nos sentiments anarchistes ». Après la victoire du fascisme en Italie, il se déplacera même un peu plus, en défendant la lutte armée et en approuvant des projets d’assassinat de Mussolini, tout en continuant à être révulsé par la violence contre les personnes. Mais il y a des circonstances exceptionnelles.

Dans un contexte où sa chair a été plus directement éprouvée, c’était aussi le cas du poète René Char, capitaine Alexandre dans la Résistance. Il a écrit au cœur du maquis : « Je veux n’oublier jamais que l’on m’a contraint à devenir – pour combien de temps ? – un monstre de justice et d’intolérance, un simplificateur claquemuré, un personnage arctique qui se désintéresse de quiconque ne se ligue pas avec lui pour abattre les chiens de l’enfer » (« Billets à Francis Curel », 1943). Il avouera bien après : « Tuer, m’a décuirassé pour toujours » (« l’Age cassant », 1963-1964).

La danse mélancolique de Céline Dion et Jean-Jacques Goldman

La mélancolie peut toutefois se frayer un passage vers l’utopie si l’on fait un pas de danse du côté des 26 concerts parisiens de Céline Dion du 12 septembre 2026 au 29 mai 2027. Plus particulièrement si l’on s’arrête avec un œil politique sur sa nouvelle chanson, « Dansons », écrite et composée par Jean-Jacques Goldman. La mélancolie des épreuves passées de la vie et des dangers pour demain est bien présente : « Dansons au-dessus des abîmes », « pour oublier nos peines », en quittant « les bas-fonds ». Dansons, toi et moi, et beaucoup d’autres, en affirmant notre dignité singulière et commune d’êtres moraux : « Dansons, pour être et rester droits ». Dans une hybridation d’origines variées soulignée par le clip de la chanson et que le poète antillais anticolonialiste Edouard Glissant a appelé « la créolisation ». Partant, au cœur de cette résistance mélancolique une ouverture utopique se dessine : « Dansons, ce soir il y a bal/Au milieu des étoiles ».

Alors, camarades lycéens et étudiants, dansons, face à la surdité sécuritaire du pouvoir et à la récupération par l’extrême droite ?

◗ (1) Les « Essais sur la violence » de Luigi Fabbri sont publiés aux Editions de La Lutte humaine, au prix de 14 euros, en vente (en ligne) à la librairie Publico, à Paris.

Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

Par  Philippe Corcuff

Схожие новости

#Наименование новостиТональностьИнформативностьДата публикации
1Vincent Lindon réagit à la colère des lycéens, "j’ai des enfants et…", ses propos sans ambiguïté sur la mobilisation05.7609-10-2026
2"Ça suscite de l’espoir" : Tahar Rahim livre un témoignage poignant pour soutenir la jeunesse en colère06.5209-10-2026
3Mouvement lycéen : pourquoi l’interdiction du téléphone portable a mis le feu aux poudres09.4107-10-2026
4REPORTAGE. Colère lycéenne : après de graves incidents et des scènes de violence urbaine, deux lycées de Montauban fermés jusqu'au mardi 6 octobre inclus012.6102-10-2026
5Blocage des lycées : à quoi s'attendre dans la Manche ce mardi 6 octobre ? 09.605-10-2026
6Blocage des lycées : le mouvement continue à Caen05.7402-10-2026
7Blocus des lycées en Normandie : "On souhaite que les jeunes soient entendus" 06.8902-10-2026
8Danışman filminin konusu ne? Danışman filminin oyuncuları kim?03.8616-09-2026
9Schülerprotest in Frankreich01507-10-2026

Классификация: . Схожих патентов: 0. Схожих новостей: 9. Тональность: 0. Информативность: 7.83. Источник: www.nouvelobs.com.