Une candidature sociale-démocrate issue de la primaire apparaît comme une nécessité en vue de l’élection présidentielle de 2027.
Pour aller plus loin
Pour cette fois, il reste coi. Jean-Luc Mélenchon ne dit mot de la « primaire socialiste et démocratique » dont il pense pourtant pis que pendre. Ce serait attirer l’attention sur une compétition que le candidat autoproclamé considère comme un match de deuxième division. A quoi bon s’exprimer, en effet ? Pour l’heure, la publicité de sa candidature est assurée par ses rivaux. Dans les joutes des sociaux-démocrates, il est beaucoup question de lui. Pour ou contre la rupture avec La France insoumise ? Partisan d’une « clarification », Raphaël Glucksmann entend refonder la gauche démocratique sans la moindre compromission avec une « gauche populiste » entachée de saillies antisémites (dont il a lui-même été victime) et de complaisance à l’égard de Poutine.
Olivier Faure, son principal rival dans cette primaire, conteste lui aussi les errements du mélenchonisme. Comme premier secrétaire du Parti socialiste, il a acté l’éclatement du Nouveau Front populaire, alliance électorale des législatives de juin 2024. Mais ne veut surtout pas insulter l’avenir. « Il n’y a pas de gauches irréconciliables », martèle-t-il. Le député de Seine-et-Marne entend ménager l’électorat LFI et se préoccupe déjà des législatives de juin 2027. Comment conserver les sièges du PS à l’Assemblée, et les financements publics qui en découlent, sans a minima négocier un accord de désistement avec les insoumis ? « Il n’y aura pas d’alliance aux législatives avec La France insoumise et vous savez quoi ? On gagnera plus de sièges comme ça », lui a répondu Raphaël Glucksmann lors du premier débat de la primaire.
Le candidat de Place publique ne se résout pas à la domination de LFI sur le camp progressiste. Accusé en retour par ses détracteurs de loucher vers le centre, voire la macronie, il rétorque que son électorat naturel s’étend des écologistes réalistes à la Yannick Jadot aux anciens électeurs de gauche déçus par les quinquennats de Macron. Sa mission ? Les rassembler autour d’un projet social-démocrate fortement teinté d’écologie pour tenter de se qualifier au second tour de la présidentielle. Sa cote sondagière actuelle, autour de 12 % d’intentions de vote, lui en autorise l’espoir.
Cette ligne s’inscrit dans l’histoire électorale de la gauche. Du Bloc des gauches de 1902 réunissant républicains, socialistes et radicaux (alors au centre du jeu politique) au Front populaire de 1936 qui s’étendait des communistes aux radicaux en passant par le Cartel des gauches de 1924 et ses gouvernements radicaux soutenus par les socialistes : l’ouverture vers l’électorat modéré a toujours été un sésame pour devenir majoritaire dans le pays et faire adopter des lois sociales. Sous la Ve République, les victoires présidentielles de François Mitterrand et de François Hollande peuvent aussi être analysées à cette aune : c’est en ralliant le centre gauche que les socialistes ont enfin pu gouverner.
A contrario, la stratégie clivante de Mélenchon le condamne à demeurer minoritaire. Le leader insoumis, il est vrai, vise un autre objectif : rétrécir le PS, son ancien parti, pour dominer la gauche. S’il se qualifie au second tour, il s’arrogera ce leadership. Quitte ensuite à échouer face à Marine Le Pen compte tenu du rejet massif dont il fait l’objet dans l’opinion publique. Le stratège de la « révolution citoyenne » a déjà tout prévu : les insoumis plus nombreux que jamais revendiqueront alors la position de principal opposant d’un gouvernement qu’ils qualifieront de « fasciste ». « A la fin, ça se terminera entre eux et nous », prophétise-t-il.
Afin de conjurer ce face-à-face mortifère, une candidature sociale-démocrate issue de la primaire apparaît donc bien comme une nécessité. Les électeurs progressistes peuvent lui donner de la force en se faisant un devoir de participer (inscription en ligne jusqu’au 5 octobre) et en optant pour celui ou celle qui leur paraît apte à relever la bannière de la gauche démocratique. Un choix du « préférable » comme disait le philosophe Raymond Aron. Pour créer, qui sait, un élan.
Par Sylvain Courage