Violences conjugales et toxicomanie s’entremêlent au tribunal de Foix. Après une nuit sous alcool et cocaïne, une femme armée d’un couteau, qui menaçait son ancien compagnon, fait face à la justice.
l'essentiel Violences conjugales et toxicomanie s’entremêlent au tribunal de Foix. Après une nuit sous alcool et cocaïne, une femme armée d’un couteau, qui menaçait son ancien compagnon, fait face à la justice.
À 2 h 30 du matin, en cette chaude nuit du 26 juin 2026, l’interphone sonne au commissariat de Pamiers. À l’autre bout du fil, Laurent*, paniqué, qui se dit poursuivi par une femme armée d’un couteau. En sortant sur le trottoir, les policiers constatent qu’une silhouette féminine se tient là, derrière l’homme, et cache sa main droite derrière son dos. Les sommations de poser l’arme retentissent dans la rue, sans effet, et quand la forme s’avance, avec la lame dans sa main clairement en vue, les policiers dégainent leur Taser et tirent.
Ce mardi 30 juin, derrière la vitre du box des accusés au tribunal de Foix, Sandra* a l’air embarrassée de son comportement. Elle serre ses bras autour de son corps, se gratte les coudes ou la tête, tic nerveux qui se trahit aussi dans la candeur qui teinte sa voix quand elle répond à la présidente. "C’étaient des bêtises", répond-elle d’une voix basse quand la magistrate rappelle les faits et lui demande ce qu’elle en pense. "Le tribunal ne se réunit pas pour des bêtises, Madame", fait remarquer cette dernière. "De la débilité profonde, alors", renchérit Sandra, sans filtre.
Mais pourquoi en être venue à ces extrémités ? Tout a démarré plus tôt dans l’après-midi, que Sandra a passé avec Laurent, qui est son ancien compagnon. Elle boit quelques gorgées de bière dans sa cannette, fait quelques rails de cocaïne à ses côtés. Une mauvaise idée pour cette toxicomane, qui avait pourtant réduit sa consommation depuis quelques années et concède fumer aujourd’hui "quelques pétards, et un peu de CBD" : "L’alcool et la cocaïne, ça a jamais fait bon ménage", reconnaît-elle.
La discussion s’envenime, supposément parce que la quadragénaire veut raviver son couple avec l’homme, qui a lui une nouvelle conjointe. Alors, elle le suit jusque chez lui et "sa folle", juste pour récupérer ses clés et ses affaires ; mais quand Laurent ressort, il l’aurait étranglée et, de peur, elle sort ce couteau à la manche rose qu’elle a pris dans la cuisine. "Ce n’est pas ce que Monsieur dit, lui dit que vous avez commencé à le frapper quand il a refusé de se remettre avec vous", fait remarquer la présidente. "Ah oui, évidemment, renchérit Sandra. Mais je voulais lui faire peur, qu’on revienne chez lui et qu’il me rende mes affaires." Avant d’avouer, d’une petite voix : "Avec l’alcool et la drogue, je ne me souviens pas bien, je voulais juste rentrer chez moi."
Ce qui ne joue pas non plus en sa faveur, c’est ce casier chargé de pas moins de 22 mentions depuis 1999. "C’est énorme, quand même", souffle la présidente. "Oui mais depuis 2020, je me suis calmée, depuis la mort de ma petite dernière, j’ai évité les gens et les problèmes", assure Sandra. La native de Bonn vit aujourd’hui dans un appartement avec plus d’une vingtaine de chats et deux chiens, met de l’argent de côté pour se payer une formation et travailler avec les animaux. Pourquoi avoir consommé ce jour-là, alors qu’elle avait réussi à faire réduire sa consommation de stupéfiants ? Laurent et "ses menaces de se foutre en l’air", accuse-t-elle.
Si Laurent a refusé de porter plainte, afin de "ne pas causer de tort" à Sandra, la substitut du procureur s’appuie sur la vidéoprotection du commissariat et le procès-verbal d’interpellation pour appuyer ses réquisitions. "Manifestement, il y avait un grand état d’énervement chez Madame, elle voulait porter atteinte à son intégrité physique", abonde la magistrate, qui doute de la version de l’étranglement, dont il n’y a pas de traces, avancée par Sandra pour justifier la sortie du couteau. Qui plus est, condamnée à de multiples reprises à des peines de sursis, Sandra "n’a pas saisi la main tendue de la justice et on ne peut plus pallier", assène la représentante du ministère public, qui requiert 24 mois de prison avec maintien en détention.
Une peine que Maître Fabbri, en défense, ne se prive pas de dénoncer : "Ce n’est pas possible, il faut penser différemment de la prison où c’est surpeuplé, où il fait 44 degrés, où c’est insupportable", s’exclame-t-il. En Sandra, il voit "l’archétype de la personne fragile, rentrée dans la désocialisation et la toxicomanie très jeune". Les passages à l’acte violents, c’est seulement en phase de stress ou de sentiment d’agression, explique-t-il, mais sa cliente comprend que ses actions ne sont pas justifiées et les regrette. "Aujourd’hui, elle essaie de se ranger et il faut continuer à étayer son parcours par des mesures d’aides sociales", enjoint-il la cour, avant d’asséner : "C’est votre mission de la réinsérer."
L’émotion submerge encore une fois Sandra quand la cour la condamne à une peine moindre que celle requise : sept mois de prison énoncés par la présidente de la cour, sous les sanglots de Sandra qui ne peut que répéter "Merci, merci".
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