Artisan sellier inspiré de l'univers équestre et western, Jérôme Brosseron a vécu mille vies avant de s'installer au cœur du village d'artistes. Il partage aujourd'hui son parcours et sa passion du métier. Il s'est...
l'essentiel Artisan sellier inspiré de l'univers équestre et western, Jérôme Brosseron a vécu mille vies avant de s'installer au cœur du village d'artistes. Il partage aujourd'hui son parcours et sa passion du métier. Il s'est livré à La Dépêche du Midi.
Dans son atelier niché sur le chemin de Lamouroux, au Carla-Bayle, en Ariège, Jérôme Brosseron fait glisser un couteau à sangles le long d’une épaisse bande de cuir. Il prépare les ceintures pour les ventes de l’été. Les odeurs de cuir et de bois enveloppent la pièce.
Autour de lui, l’atelier est organisé comme un véritable écosystème créatif : outils de découpe, marteaux, emporte-pièces, quincaillerie, machine à coudre... Chaque poste de travail est bien défini et remplit une fonction précise.
"Un client m’a demandé de reproduire l’étui en cuir d’une longue-vue de marine du XIXe siècle."
DDM
Né à Cognac, le futur sellier quitte rapidement la France. À l’âge de cinq ans, il s’installe au Sénégal avec sa famille. Suivront la Côte d’Ivoire, les Pyrénées-Atlantiques, la Polynésie française, la Californie puis l’Allemagne. D’abord passionné de photographie argentique, il travaille un temps comme laborantin photo et réalise des reportages en tant que pigiste.
C’est finalement sa passion du cheval qui va guider la suite. Il devient cavalier professionnel et dirige une écurie de promenade à Tahiti. "J’organisais des balades à cheval sur les plages tahitiennes, face à Bora Bora", se souvient-il. Il part ensuite se former à la sellerie western en Californie. Plus tard, il tombe amoureux d’une Bavaroise et s’installe dans la plus vaste région d’Allemagne. Il y ouvre son premier atelier en 1995 et devient maître sellier. En 2000, une opportunité immobilière et une envie de vivre autrement le conduisent au Carla-Bayle, haut lieu de l’artisanat ariégeois.
Il doit alors s’adapter à une nouvelle clientèle. "À Munich, la clientèle était particulièrement aisée et nombreuse. Les cavaliers que j’équipais possédaient parfois des chevaux valant plusieurs dizaines de milliers d’euros. En Ariège, le marché est bien plus restreint." Il développe peu à peu une activité de maroquinerie pour répondre à la demande locale. "J’aurais préféré ne faire que de la sellerie", explique-t-il. Il développe alors un style unique : des créations de qualité inspirées de l’univers équestre et western.
Dans un an et demi, l’artisan prendra sa retraite.
DDM
Au fil du temps, l’artisan s’est forgé une réputation bien au-delà du monde équestre. Des demandes improbables lui sont parfois adressées. "Un client m’a demandé de reproduire l’étui en cuir d’une longue-vue de marine du XIXe siècle. Un autre m’a confié la restauration d’une ancienne valise d’officier britannique. Dernièrement, je me suis occupé d’un soufflet de forge de 120 kilos", raconte-t-il.
Dans un an et demi, l’artisan prendra sa retraite. Ainsi, depuis quelques mois, sa fille, charpentière de métier, se forme à ses côtés deux jours par semaine avec l’espoir de reprendre l’activité. Une perspective qui l’enchante, même s’il tient à rappeler les exigences du métier. "Je l’ai prévenue, il faut du temps pour se faire connaître et se faire une réputation. L’avantage, c’est que je suis le dernier sellier du département."
Après une vie passée entre plusieurs continents, le fabricant souhaite transmettre bien plus qu’un atelier.
DDM
Après une vie passée entre plusieurs continents, le fabricant souhaite transmettre bien plus qu’un atelier : un savoir-faire précieux et une certaine conception de l’artisanat. En attendant l’été et l’ouverture de sa boutique dans le centre du village, il poursuit son travail et prépare les stocks.