Depuis samedi dernier, 4 900 hectares ont été parcourus par le méga feu qui a commencé à sévir sur Trévillach avant de se déployer sur Ille-sur-Têt et les communes environnantes. Certaines d’entre elles, comme Rodès,...
Depuis samedi dernier, 4 900 hectares ont été parcourus par le méga feu qui a commencé à sévir sur Trévillach avant de se déployer sur Ille-sur-Têt et les communes environnantes. Certaines d’entre elles, comme Rodès, Vinça et Rigarda étaient évacuées en toute fin de journée, ce lundi 6 juillet. Alors que le périmètre du feu atteignait les 30 km, le risque de propagation était encore prégnant à cause de la végétation aride et abondante, de la canicule, du vent de sud-ouest, et du très faible taux d’humidité dans l’air. Tout particulièrement dans les contreforts des Aspres.
"Tout dépend du vent. S’il s’amplifie, le feu prendra la direction des Aspres." Hier dès 11 h 30, la crainte se lisait sur les visages des professionnels engagés sur le front de l’incendie né à Trévillach dans le week-end et étendu à Ille-sur-Têt et ses environs. Tout au long de la journée, de multiples reprises du feu et des panaches de fumée ocre et marron dans le piémont mettaient sous tension tantôt les hauteurs d’Ille-sur-Têt et de Montalba, tantôt une crête au sud de Bouleternère. Ainsi, les flammes de ce feu "ni fixé ni maîtrisé" cheminaient çà et là "de manière impressionnante" et "à une vitesse phénoménale". Elles progressaient sur le flanc gauche, où le retardant largué depuis les airs par les avions Dash se rendait utile, et sur le flanc droit, là, de manière plus inquiétante.
Une crête au sud de Bouleternère a été sous tension.
Michel Clementz
"Notre priorité a été d’augmenter les moyens pour éviter la propagation du feu vers les Aspres", justifiait en fin d’après-midi sous 40 °C le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en déplacement pour constater les méfaits et saluer les personnels mobilisés. 800 étaient engagés, pour moitié du Service Départemental d’Incendie et de Secours des Pyrénées-Orientales (SDIS 66), et pour autre moitié des colonnes de renfort de l’Hérault, de l’Ardèche, du Tarn, du Var, des Bouches-du-Rhône entre autres. Sans compter la sécurité civile, ou encore un contingent d’une quarantaine de pompiers Roumains. 7 Canadair, 2 avions Dash et plusieurs hélicoptères bombardiers d’eau seront rejoints aujourd’hui par 8 avions bombardiers d’eau d’une capacité de 3 100 litres venant pour certains de Chypre, d’Espagne et de Suède. L’homme de Beauvau, comme Pierre Regnault de la Mothe le préfet des Pyrénées-Orientales avant lui, appelait les employeurs à libérer leurs salariés pompiers volontaires.
Dash et Canadair se sont relayés pour éviter que le feu ne bascule sur les Aspres.
Michel Clementz
À juste titre. Pour poursuivre une lutte acharnée à l’heure où un premier bilan faisait état d’une cinquantaine de bâtiments impactés, dont la bien connue miellerie Rayon d’Or à Ille-sur-Têt, et de onze blessés légers parmi lesquels des pompiers. Où le Puig Pedrós voyait ses cistes, ses genévriers, ses chênes verts et son maquis être dévorés. Où des Illois près de l’agence routière disaient "avoir galéré avec les pompiers tant ça brûlait d’un côté, d’un autre, puis d’un autre et à nouveau". Où, à Ille toujours, en pleine journée un chêne pliait sous le poids des flammes qui le consumait avant d’être noyé. Où des voisins sentinelles alertaient de la mise à feu d’une poutre dans l’habitation de l’un des leurs.
Autant de phénomènes qui ne seraient guère bon de voir se répéter dans les Aspres. "Là où l’un de nos objectifs est d’empêcher le feu d’y basculer", défendait le colonel Stéphane Clerc, le directeur adjoint du SDIS 66 et commandant des opérations de secours du jour. Ce massif a pour particularité d’être "peu habité", "très à risque", "difficile d’accès pour les moyens terrestres", et "fourni en cèdre qui peut raviver les flammes". Cela dit "l’aménagement du territoire nous aide. Une partie de la guerre se gagne là".