Le capitaine de l'équipe de France se retrouve malgré lui au cœur d'une polémique politico-footballistique après la sortie raciste d'une élue paraguayenne.
Le capitaine de l'équipe de France se retrouve malgré lui au cœur d'une polémique politico-footballistique après la sortie raciste d'une élue paraguayenne.
Publié le 07/07/2026 12:02 Mis à jour le 07/07/2026 17:53
Temps de lecture : 4min
Le capitaine des Bleus, Kylian Mbappé, lors d'un entraînement de l'équipe de France, le 6 juillet 2026 près de Boston (Etats-Unis). (FRANCK FIFE / AFP)
Peu de gens connaissaient la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla hors des frontières de ce petit Etat d'Amérique du Sud. Mais ça, c'était avant la polémique en mondovision qu'elle a déclenchée par tweet interposé contre Kylian Mbappé, le capitaine de l'équipe de France, après l'élimination de son équipe nationale par les Bleus, samedi 4 juillet à Philadelphie, en huitième de finale de la Coupe du monde. L'affaire est remontée jusqu'au sommet des deux Etats, et la Fédération française de foot (FFF) a fait connaître son intention de porter l'affaire en justice. Le parquet de Paris a annoncé mardi à franceinfo, confirmant une information de RMC, l'ouverture d'une enquête après une plainte déposée par la FFF. On vous résume cette affaire footballistico-politico-judiciaire.
Tout commence dans la nuit du 4 au 5 juillet, peu après l'élimination du Paraguay au terme d'un match houleux. Kylian Mbappé a inscrit l'unique but de la rencontre, sur un penalty en fin de match, et ne se prive pas de chambrer la défense paraguayenne qui l'a rudoyé tout au long du match sans que l'arbitre – très critiqué après coup – porte son sifflet à la bouche. A la fin de la rencontre, l'attaquant vedette des Tricolores refuse de serrer la main du portier adverse, Orlando Gill. Enervé, le gardien paraguayen lance un ballon dans le dos du capitaine français. "J'ai voulu lui serrer la main et comme il m'a ignoré, ça m'a chauffé. Mais je suis vite redescendu", relativisera ensuite Orlando Gill.
Loin de redescendre, Celeste Amarilla, elle, fulmine. "Un idiot qui n'a même pas appris à écrire, au lieu du lait maternel il tétait des noix de coco et la chose la plus instruite qu'il ait jamais entendue, ce sont des chimpanzés, écrit-elle sur le réseau X. Tu aurais dû lui faire un doigt d'honneur, Orlando Gill, je le fais au Sénat et il ne se passe rien." Une sénatrice ne devrait pas écrire ça, même quand cette élue du Parti libéral radical authentique (de centre droit et d'inspiration libérale) multiplie les provocations sur la scène intérieure.
Kylian Mbappé répond directement à Celeste Amarilla, sur le même réseau social, lundi 6 juillet. Les mots du capitaine tricolore sont très forts : "Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction", commence l'attaquant du Real Madrid, qui refuse d'amalgamer l'élue avec son pays. "Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l'honneur tout au long de la compétition. Par votre inconscience et votre racisme décomplexé, le monde entier a déjà oublié le parcours et l'effort historique que vos joueurs ont réalisés durant cette Coupe du monde."
Madame Celeste Amarilla,
— Kylian Mbappé (@KMbappe) July 6, 2026
Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction.
Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l’honneur tout au long de la compétition. Par votre inconscience et votre racisme décomplexé, le monde entier a déjà… pic.twitter.com/EnYmgQXvPL
La fédération française et la classe politique embrayent derrière "Kyky". Quelques minutes après son post, le président de la FFF, Philippe Diallo, annonce sur X son intention de porter l'affaire en justice en effectuant "un signalement au parquet à des fins de poursuite judiciaire". Le président de la République, Emmanuel Macron, pourtant en déplacement en Syrie, se fend d'un tweet : "Quand les mots salissent, nos valeurs répondent : dignité, respect, fraternité." Il est suivi par son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, mardi dans la matinée : "Total soutien à notre capitaine et à notre équipe. Ils portent haut nos couleurs, celles de la France."
Le gouvernement paraguayen, qui n'appartient pas au même bord politique que Celeste Amarilla, se désolidarise lui aussi des propos de la sénatrice. Dans un communiqué, il assure qu'il "déplore et rejette" les propos de l'élue, "contraires aux valeurs et aux principes qui inspirent la coexistence pacifique et le respect de la dignité humaine que notre pays promeut." Le président de la Fifa, Gianni Infantino, "condamne" également "sans équivoque" les propos tenus : "Nous devons lutter contre le racisme et l'éradiquer ensemble."
Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU réagit lui aussi. "Les propos racistes et déshumanisants tenus à l'encontre du footballeur français Kylian Mbappé par la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla sont ignobles (...) Les incidents racistes signalés lors de la Coupe du monde (...) reflètent un phénomène plus large qui touche le football et le sport plus largement", déplore, mardi son porte-parole Thameen Al-Kheetan.
Après ce tollé, l'histoire aurait pu en rester là. Mais Celeste Amarilla décide de déplacer la polémique sur le terrain du sexisme : "Qui es-tu pour me traiter d'indigne ou de méprisable alors que tu ne me connais même pas ?", répond-elle sur le réseau X dans une lettre ouverte à Kylian Mbappé. "Violence de genre pure et dure. Violence politique contre une femme arrivée là avec le vote populaire de son peuple."
Elle va jusqu'à menacer l'attaquant des Bleus de poursuites. "Rétracte-toi avec moi, honore ta citoyenneté française et présente tes excuses, sinon je pourrai entamer des actions légales pour violence de genre." Mais elle tente aussi de désamorcer la crise diplomatique qu'elle a créée en ramenant cette affaire sur le plan personnel : "Le problème est entre vous et moi. Je n'ai rien dit contre la France, au contraire, je suis avec vous." La preuve, selon elle : elle a adoré visiter l'Hexagone par le passé.
Mardi après-midi, le parquet de Paris a confirmé à franceinfo l'ouverture d'une enquête pour "injure publique aggravée par le fait qu'elle est prononcée en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion, réelle ou supposée, de la victime, ainsi que pour provocation publique à la haine ou à la violence aggravée par le fait qu'elle est prononcée en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion, réelle ou supposée, de la victime". L'enquête a été "aussitôt ouverte" par le parquet après la réception d'une plainte de la FFF par le Pôle national de lutte contre la haine en ligne de Paris.
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