Ce mercredi, est sorti en salles le second volet de “La Bataille de Gaulle”, le grand biopic du sauveur de la France. On en parle avec son réalisateur. ...
Sorti le 3 juin dernier, La Bataille de Gaulle : L'Âge de fer a connu un démarrage compliqué (avec 6 469 entrées chez nous la première semaine). Loin derrière les autres grands projets bleu-blanc-rouge de Pathé, comme le diptyque Les Trois Mousquetaires ou le carton du Comte de Monte-Cristo.
En dernière minute, le distributeur français a d'ailleurs avancé la date de sortie du second volet J'écris ton nom, prévue le 1er juillet, au 26 juin. Chez nous, le film a débarqué en salles ce mercredi. Après quatre semaines d'exploitation, L'Âge de fer a dépassé les 1,2 million de spectateurs en France (236 943 entrées pour le second volet après une semaine). Mais si les chiffres restent si faibles, le projet pharaonique de Pathé (70 à 75 millions d'euros de budget pour les deux films) pourrait se révéler une catastrophe industrielle…
L'Âge de fer avait pourtant bénéficié d'une belle exposition au Festival de Cannes en mai dernier, où nous avions rencontré son réalisateur, Antonin Baudry. Ancien diplomate, Baudry avait été découvert comme scénariste de la BD de Christophe Blain Quai des Orfèvres, portée à l'écran par Bertrand Tavernier en 2013. Six ans plus tard, il signait avec Le Chant du loup un premier long métrage efficace, sur le système de dissuasion nucléaire français. Avant de s'attaquer à une hagiographie du Grand Charles adaptée de De Gaulle : une certaine idée de la France, biographie de l'historien Julian Jackson. "Outre le fait que c'est un très bon historien et qu'il y avait des sources très directes et assez nouvelles dans son livre, il me paraissait intéressant d'avoir le regard des Anglais sur de Gaulle, plus qu'un regard introspectif des Français", explique-t-il.
Antonin Baudry regrette de n'avoir reçu aucun soutien du ministre de l'Éducation nationale français Édouard Geffray, qui a refusé de voir le film. Baudry n'est ceci dit pas tendre avec l'école française. "Il n'y a rien dans les manuels scolaires. On nous apprend principalement que de Gaulle était à Londres, que la Résistance était avec lui et qu'en France, il y avait des collaborateurs restés fidèles à Pétain, explique le réalisateur. Et on n'a pas la moindre idée de sa solitude, du fait qu'il recevait les gens seul sur son lit et que, pendant longtemps, il n'était pas entouré de milliers de résistants… Le regard est rétrospectif."
Pour Simon Abkarian, l'habit fait le généralPour Baudry, on a surtout retenu le de Gaulle président, fondateur de la Ve République. "Ce qui m'intéressait, c'était de revenir dans son présent. Celui d'un type inconnu, en France comme en Angleterre, qui se retrouve à Londres sans parler anglais. Qui se retrouve confronté au fait que la plupart des gens qu'il rencontrait le prenaient pour un fou. Ça, je m'en suis aperçu en lisant les documents d'époque, les notes que les gens prenaient : "Aujourd'hui j'ai rencontré quelqu'un. C'est bien ce qu'il dit. Je suis d'accord avec lui, mais il a l'air complètement fou. Quand je lui demande ce qu'il faut faire dans une semaine, il me répond sur des trucs qui se sont passés il y a 200 ans !" C'est quand même un type qui invente une fiction, celle de la France Libre. Pour moi, la France est un pays qui est tellement beau et tellement grand qu'il ne peut pas être lâche, se rendre, être occupé. Au moment où la France s'est rendue et est occupée… Je comprends très bien qu'on se soit dit qu'il était cinglé ! Qu'est-ce qui fait qu'il tient son rêve, contre les échecs, les humiliations et les rappels du réel ? Au bout d'un certain nombre de rebondissements de péripéties, de ralliements de personnages très différents les uns des autres, la France libre devient une réalité. Je trouve ça passionnant", estime Antonin Baudry.
Antonin Baudry, dirigeant Niels Schneider dans le rôle du général Leclerc. ©PathéÀ l'écran, Simon Abkarian endosse cette grandiloquence, cette théâtralité, cette part de folie. "De Gaulle le dit lui-même dans ses mémoires : "Je me suis rendu compte qu'il fallait que je coexiste avec quelqu'un qui s'appelait aussi de Gaulle et qui n'était pas moi, qui était celui que tout le monde voyait." Il dit que ça a été un fardeau terrible pour lui de cohabiter avec ce personnage-là. Ça correspond au moment où il a commencé à parler de lui à la troisième personne, qui est la scène, dans le film, où il se fait piquer par un moustique. Je trouvais cette folie-là intéressante", explique le réalisateur.
Lequel met également en lumière une figure historique quasiment inconnue, celle du jeune Fernand Bonnier de La Chapelle qui, entendant la voix de de Gaulle à la radio depuis Paris, décide de se lancer dans la résistance. "Avec ma coautrice Bérénice Vila, on se demandait comment on allait raconter cette histoire. Il y avait quand même 1000 manières de la prendre. Elle m'a fait écouter la lecture d'une lettre écrite par Fernand Bonnier de La Chapelle à son père et j'ai fondu en larmes. On s'est dit qu'il fallait que cette lettre soit dans le film, telle quelle. On s'est aperçu que ça nous permettrait de raconter énormément de choses, notamment cette incroyable manifestation du 11 novembre 1940. Après l'Occupation allemande, c'est le silence dans les rues de Paris, la stupeur. Les gens n'osent pas se parler, même à leurs amis, de peur d'être dénoncés. Ce jour-là, c'est le premier signal envoyé au monde qu'il y a des Français qui refusent l'occupation nazie. Et qui envoie ce signal ? Ce sont des lycéens…"
Dans le premier volet "La Bataille De Gaulle : L'Âge de fer", le jeune Fernand Bonnier de La Chapelle est incarné par Florian Lesieur. Aux côtés d'Anamaria Vartolomei dans celui la résistante Livia, personnage plus développé dans le second volet. ©The SearchersDepuis quelques mois, le cinéma français semble avoir pris à bras-le-corps la Seconde Guerre mondiale, que ce soit avec Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli, Notre Salut d'Emmanuel Marre, La Troisième Nuit de Daniel Auteuil ou Moulin de László Nemes – ces trois derniers ayant été dévoilés, comme La Bataille de Gaulle, à Cannes. Antonin Baudry refuse cependant d'y lire la nécessité de mettre en avant une forme de résistance, notamment à la veille de la présidentielle de 2027.
"C'est vrai qu'on sent la montée de dangers. Je partage ce sombre pressentiment. Je pense néanmoins qu'il faut se méfier de faire des comparaisons trop rapides, estime le cinéaste. Cela me paraît difficile et dangereux moralement de comparer la situation d'un pays en guerre et occupé par une armée étrangère avec la situation de la France ou de l'Europe d'aujourd'hui. On pourrait plus parler de l'Ukraine. Mais bien sûr que ce sombre pressentiment nous pousse à nous poser la question : s'il fallait résister aujourd'hui, comment faire ? Quels sacrifices faudrait-il accepter ?"
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