Auteurs de matchs solides, les “Stars and Stripes” veulent faire oublier leur image d’outsiders. ...
Les habitués auront rarement vu le pub Fort Tryon aussi rempli un jeudi à 22 h. Encore moins pour un match de foot. Pourtant, une centaine de personnes s'étaient donné rendez-vous, le 25 juin, dans ce bar sportif du nord de Manhattan, décoré de drapeaux américains et d'écharpes de supporters, pour voir la sélection nationale affronter la Turquie pour son dernier match de groupe. Qu'importe si l'équipe était déjà qualifiée.
"J'ai une réunion virtuelle demain à 9 h pour laquelle je n'ai pas besoin d'être vraiment réveillé", sourit Alan, assis au bar. Il l'admet : lui, son truc, c'est plutôt le baseball. Mais le Mondial lui a ouvert les yeux. "À chaque fois que je vois les Américains jouer, je deviens de plus en plus patriotique." Il est loin d'être le seul. Grâce aux bonnes performances des "Stars and Stripes" pendant la phase de groupe, les Américains se passionnent de plus en plus pour leur équipe avant sa confrontation contre la Belgique.
Fan de foot depuis l'enfance, Trevin Wurm n'avait jamais vu un tel engouement. "Beaucoup de personnes qui ne s'intéressaient pas au football, ou seulement de loin, se sont mises à suivre l'équipe de près", raconte cet Américain, l'un des responsables des American Outlaws, le principal club de supporters de l'USMNT (United States Men's National Team). Pour lui, le match contre le Paraguay, remporté 4-1 fut "l'une des meilleures performances que j'ai vue de la part de la formation". "Nous avons vu notre nombre d'adhérents augmenter, et de plus en plus de supporters se retrouvent dans les bars de nos différents chapitres à travers les États-Unis pour regarder les matchs. C'est le genre d'enthousiasme que je rêvais de voir toute ma vie", dit-il.
Comment Mauricio Pochettino a secoué les États-Unis, adversaire de la Belgique : "La situation était plus grave que je ne l'imaginais"Les Américains peuvent-ils décrocher la Coupe ? "Pourquoi pas ? dit-il. S'il y a une équipe qui peut aller loin, c'est celle-ci." Il faut dire qu'elle n'a pas habitué ses fans à des performances époustouflantes. Avant cette Coupe du monde devant son public, elle n'avait pas remporté deux matchs d'affilée dans un Mondial depuis la création du tournoi en 1930. L'USMNT souffrait de la comparaison avec l'équipe féminine, très forte sur le terrain et engagée sur le plan politique, avec quatre coupes du monde au compteur. "L'équipe masculine a longtemps été perçue comme un outsider, davantage reconnue pour son esprit combatif que pour sa maîtrise technique, à l'inverse de la formation féminine, dont on attend traditionnellement qu'elle domine ses adversaires", reprend Trevin.
"Les performances actuelles de la sélection sont en train de changer cette perception." L'artisan de cette transformation n'est autre que le sélectionneur Mauricio Pochettino. Pressing plus intense, jeu fluidifié : l'Argentin passé par le PSG a revu la stratégie de fond en comble depuis son arrivée fin 2024. Il a aussi cherché à rompre avec la mentalité d'outsider qui plombait l'équipe, 15e au classement Fifa. Dans ses interventions publiques, il répète à l'envi "Pourquoi pas nous ?" pour inculquer à ses hommes l'idée qu'ils peuvent rivaliser avec les grandes nations du ballon rond.
Leur bon parcours illustre aussi la montée en puissance du soccer, sport le plus pratiqué par la jeunesse aux États-Unis, et en particulier de la MLS (Major League Soccer), le championnat américain où évolue un tiers de l'effectif. En plus de recruter des stars du ballon rond pour élever leur niveau de jeu, les clubs ont développé ces dernières années leurs infrastructures et amélioré leurs capacités de détection et de formation. Les stars de l'équipe, comme Timothy Weah (Olympique de Marseille), Christian Pulisic (Milan AC) ou encore Folarin Balogun (AS Monaco), évoluent, elles, dans les grands championnats européens.
L'équipe américaine a beaucoup évolué depuis sa défaite (5-2) contre les Diables en marsLe chemin vers la finale est encore long. S'ils s'imposent face aux Belges, les États-Unis pourraient affronter l'Espagne ou la France. Sur le site de paris Kalshi, ils n'ont que 3,9 % de chance de remporter la finale. Trevin Wurm pense toutefois que les joueurs ont d'ores et déjà rendu un grand service au soccer.
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