La cour d’appel de Paris a ordonné la réouverture des investigations sur les sources de la journaliste, coautrice de l’enquête “Egypt papers”, pour le média “Disclose”. En première instance, elle avait bénéficié d’un non-lieu.
Société
La cour d’appel de Paris a ordonné la réouverture des investigations sur les sources de la journaliste, coautrice de l’enquête “Egypt papers”, pour le média “Disclose”. En première instance, elle avait bénéficié d’un non-lieu.
Par Richard Sénéjoux
Publié le 09 juillet 2026 à 17h49
«Ça me replonge trois ans en arrière, quand les agents de la DGSI sont venus dans mon salon fouiller mes affaires, mes ordinateurs, mon téléphone, puis mes trente-neuf heures passées en garde à vue. Je pensais que tout ça — les filatures, les policiers planqués devant Disclose… — était derrière nous. » La journaliste Ariane Lavrilleux peine à dissimuler sa colère. Coautrice de plusieurs articles (rassemblés sous l’étiquette Egypt Papers) qui documentaient la possible complicité de crimes d’État de la France en Égypte, elle avait d’abord bénéficié d’un non-lieu dans une affaire où s’opposent secret de la défense nationale et liberté d’informer. Mais la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a ordonné, hier 8 juillet, la réouverture de l’enquête afin de connaître les sources de Disclose. Ce qui signifie qu’Ariane Lavrilleux risque de nouveau une mise en examen pour « compromission du secret ». Les autres coauteurs des articles visés (Jean-Pierre Canet, Rémi Labed, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal) peuvent, quant à eux, être auditionnés à leur tour par la police.
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« C’est un acharnement judiciaire qui dépasse le cas d’Ariane Lavrilleux et de Disclose, souligne Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières, solidaire du site d’investigation. Cela s’inscrit dans une série de situations qui montrent qu’on a un vrai problème d’articulation entre le secret de la défense nationale, les enjeux du renseignement et la liberté de la presse. Tout cela est profondément inquiétant. » Depuis 2010, vingt et un journalistes ont été convoqués par des agents du renseignement intérieur pour compromission du secret de la défense nationale.
Cette relance de la traque de nos sources vise à faire peur à tous les lanceurs d’alerte.
Christophe Bigot, avocat de “Disclose”
Dans la présente affaire, la juge avait conclu en première instance que les révélations de Disclose étaient justifiées et « d’intérêt général, intéressant le public et le débat démocratique. » « Cette décision de la chambre de l’instruction, c’est open bar sur le secret des sources des journalistes, qui a pourtant été renforcé par la loi Dati de 2010, même si le terme “motif prépondérant d’intérêt public” reste flou », souligne Christophe Bigot, l’avocat de Disclose 1. « Cette relance de la traque de nos sources vise à faire peur à tous les lanceurs d’alerte, et à toutes les personnes qui prennent des risques au quotidien pour faire émerger des informations cruciales sur des mensonges, injustices et crimes d’État, ajoute Ariane Lavrilleux. Cela cherche aussi à dissuader tous les journalistes d’enquêter sur les questions militaires et de sécurité nationale. » La bataille judiciaire repart pour au moins un an.
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(1) Christophe Bigot est par ailleurs l’avocat du Groupe Le Monde, auquel appartient Télérama.
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