La réintroduction de pesticides interdits est « le principal sujet qui crispe » selon la ministre de la Transition écologique. A l’inverse, la ministre de l’Agriculture espère que cette « disposition ne fasse pas capoter » le texte voté lundi par l’Assemblée nationale.
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard (à gauche) et la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, à l’Assemblée nationale à Paris, le 19 mai 2026. TELMO PINTO / NURPHOTO VIA AFP
Un match gouvernemental dans la presse dominicale. Opposée à réintroduction de pesticides interdits, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a souligné dans « La Tribune Dimanche » que ce point reste « le principal sujet qui crispe » dans la loi d’urgence agricole qui sera votée lundi à l’Assemblée nationale. Favorable à l’autorisation notamment de l’acétamipride, la ministre de l’Agriculture a de son côté appelé dans le « Journal du Dimanche » (« JDD ») à ce que « cette disposition ne fasse pas capoter » tout le texte.
Le 16 juillet, lors d’une commission mixte paritaire, les députés et les sénateurs se sont entendus sur une version commune. Grâce à l’intense bataille du sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains) et du lobby agricole, la réautorisation de deux pesticides néonicotinoïdes, l’acétamipride et le flupyradifurone, fait son retour dans le texte. Par ailleurs, la question du stockage de l’eau divise également les deux ministres.
• Monique Barbut opposée aux « ajouts du Sénat »Elle avait mis sa démission dans la balance sur la loi d’urgence agricole. Si un départ du gouvernement ne semble plus à l’ordre du jour, Monique Barbut continue de ferrailler pour défendre son pré carré : l’écologie. Alors que le Premier ministre lui a demandé de consulter les groupes parlementaires sur leurs intentions de vote, la ministre de la Transition écologique explique : « Tout le monde s’accorde pour dire que le texte a été amélioré par rapport à la copie du Sénat. Bien sûr, le principal sujet qui crispe encore aujourd’hui, c’est l’acétamipride. Je suis pour ma part opposée à la réintroduction de ce pesticide en France. »
Concernant les mégabassines, elle reconnaît qu’il faut du stockage d’eau, mais « on ne peut pas accepter que certains, parce qu’ils en ont les moyens, organisent seuls leur accès à l’eau pendant que les autres supportent la contrainte ». Elle rappelle d’ailleurs que le « premier stockage d’eau est naturel » : il s’agit des zones humides dont la préservation « est souvent la première réponse à apporter ».
Opposée au doublement de la capacité de stockage d’eau à des fins agricoles d’ici 2035, elle explique avoir « obtenu qu’il s’agisse de capacités de stockage multi-usages et soumises à concertation », évitant que chacun fasse « son stockage dans son coin et pour les seuls besoins agricoles ». Ce qui ne l’empêche pas d’exprimer à nouveau ses réserves : « Ce qui me gêne, c’est que ce texte du gouvernement qui devait répondre à une situation d’urgence pour nos agriculteurs, depuis les ajouts du Sénat, modifie bien au-delà la politique qui organise le partage de la ressource en eau dans notre pays. »
• Annie Genevard dénonce « l’idéologie » et les « calculs »La ministre de l’Agriculture, totalement alignée sur la FNSEA et ses obsessions, a défendu le projet de loi d’urgence agricole. « Le vote appartient désormais aux deux chambres, mais je souhaite évidemment l’adoption de ce texte qui a été construit à partir des préoccupations concrètes des agriculteurs », estime Annie Genevard, pour qui « faire échouer ce texte par idéologie, calcul ou peur achèverait de désespérer les agriculteurs ».
La réintroduction de pesticides ? « Sur ces sujets, la décision doit revenir à la science et à la science seule », lance-t-elle, rappelant que les autorisations seront délivrées par décret à titre dérogatoire avec avis de l’Agence nationale de Sécurité sanitaire. Un maigre garde-fou qui ne l’empêche pas de dénoncer un débat sur les pesticides « devenu extrêmement émotionnel » et réaffirmer son souhait « que cette disposition ne fasse pas capoter l’ensemble d’une loi qui contient de très nombreuses avancées attendues par les agriculteurs ».
Le stockage de l’eau ? Face à la récente canicule durant laquelle certaines zones ont « souffert successivement d’excès d’eau puis de sécheresse », dit-elle, « le stockage est une nécessité vitale ». Tout en notant que cela ne « réglera cependant pas tout », elle range la facilitation des projets de stockage d’eau au rang des « projets d’avenir agricole ».
Par Service Actu