De violents orages sont attendus dans l’est et le sud de la France dès ce jeudi. Or, avec un niveau d’assèchement des sols inédit après trois canicules, le risque d’inondation par ruissellement n’en est que plus accentué.
Un éclair surplombant Cours, dans le département du Rhône, le 28 juin 2026. ADRIEN FILLON/HANS LUCAS VIA AFP
Les pluies, pourtant très attendues après ce troisième épisode caniculaire, pourraient faire tomber la situation de Charybde en Scylla. Alors que des chaleurs dépassant les 40 °C ont frappé la France et que le pays « n’a jamais été confronté à autant d’épisodes de pression de feu un peu partout sur le territoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », selon Emmanuel Macron en déplacement ce jeudi dans la forêt de Fontainebleau, Météo-France alerte ce jeudi 16 juillet sur des risques de « plusieurs salves orageuses » jusqu’à vendredi.
Dans son bulletin publié ce jeudi matin, le prévisionniste a placé 21 départements du Grand Est à l’Auvergne Rhône-Alpes en vigilance orange « orages » à partir de ce jeudi après-midi. Des orages qui risquent de progresser vers le sud de la France.
Des « averses orageuses » attendues avec parfois 10 à 20 millimètres de pluie en vingt-quatre heures. De quoi, dans l’idée, renflouer les nappes phréatiques des 99 départements concernés par des restrictions d’eau. Sauf que… Si elles ne sont pas exceptionnelles en l’état, ces précipitations, couplées à l’aridité des sols, risquent d’« avoir du mal à pénétrer dans des sols très secs, peu perméables », a averti Météo-France mercredi.
Une sécheresse des sols qui s’est aggravée « jour après jour » depuis la fin mai malgré un retour « globalement proche des normales de saison au milieu du mois de mai », entraînée par une absence de précipitation et un thermomètre élevé. D’après le prévisionniste, l’humidité des sols a atteint un niveau particulièrement bas au 15 juillet, dépassant ceux de 1976, 2022 et 2025 à la même date.
La sécheresse va ainsi créer une sorte de croûte superficielle imperméable qui empêche l’infiltration de l’eau et entraîner un ruissellement. L’eau de pluie s’écoule à la surface du sol, sans s’y infiltrer. A cela s’ajoutent deux autres risques évoqués par Météo-France : d’une part, les fortes rafales de vent qui peuvent rendre les pluies plus intenses localement ; d’autre part, les chutes de grêle qui bouchent les évacuations d’eau.
Plusieurs facteurs peuvent par ailleurs aggraver ce ruissellement : l’artificialisation des sols, qui rend les surfaces imperméables à l’eau, ainsi que la nature initiale du sol pouvant, comme l’argile, être peu perméable. La saturation des sols en eau tout comme les fortes pentes ont tendance à accélérer ce phénomène de ruissellement.
Ces aléas météorologiques s’appliquent à l’ensemble du pays et principalement les zones périurbaines, où se superposent parkings, autoroutes et autres zones commerciales qui sont principalement touchées. Un rapport de prévention conjoint du ministère de l’Ecologie et de la Caisse centrale de Réassurance estimait, en juin 2023, que plus de 13 millions de Français sont exposés aux inondations par ruissellement en métropole.
L’Ile-de-France est particulièrement concernée, « 88 % des événements enregistrés depuis 1982 donnant lieu à des arrêtés de catastrophe naturelle “inondation” […] peuvent être rattachés à des phénomènes de ruissellement », expose l’Institut Paris Région, auteur d’études sur l’aménagement et l’urbanisme en Ile-de-France. Une région dont les communes sont dans leur totalité « potentiellement exposées à l’aléa ruissellement », mentionne-t-il sur leur site. Pour cet épisode orageux, la vigilance orange est a priori maintenue jusqu’à vendredi. Le risque est, lui, loin d’être définitivement écarté.
Par Jade Santerre