Le coordinateur de Fairwork Belgium, une organisation venant en aide aux travailleurs sans titre de séjour ou en situation précaire, fait le point sur les “lacunes” statistiques en matière d’accidents du travail. ...
Dans son dernier rapport, Fedris comptabilise près de 194 000 déclarations d'accidents du travail et plusieurs dizaines de morts au boulot chaque année en Belgique. Ces chiffres sont-ils sous-estimés ?
Oui car les statistiques reposent sur les accidents déclarés aux assurances. Elles concernent uniquement les salariés actifs dans une entreprise belge (publique ou privée, NdlR). Tout une série de catégories professionnelles échappent donc au recensement officiel : sans papiers, indépendants, travailleurs détachés. Certaines recherches montrent aussi que des patrons font pression sur leur personnel pour déclarer l'accident du travail comme un accident ordinaire, pris en charge par leur mutuelle plutôt que par l'assurance de l'entreprise. Le conseiller en prévention Bart Vanraes les surnomme les "Tippex accident". Cela permet à l'employeur d'éviter des démarches administratives et de préserver l'image et la réputation de sa société.
guillementCertaines recherches montrent aussi que des patrons font pression sur leur personnel pour déclarer l'accident du travail comme un accident ordinaire, pris en charge par leur mutuelle plutôt que par l'assurance de l'entreprise. Le conseiller en prévention Bart Vanraes les surnomme les "Tippex accident".
Les métiers plus précaires, notamment dans la construction, sont souvent occupés par des travailleurs détachés ou des indépendants. Un secteur pourtant particulièrement accidentogène…
Le risque reste naturellement plus élevé sur un échafaudage que derrière un bureau. Le mécanisme de travailleurs détachés pose de gigantesques problèmes en matière d'accident du travail. Imaginons une entreprise, basée en Pologne, qui envoie des ouvriers étrangers en Belgique. Si l'un d'eux a un problème, il tombe sur la législation du pays où est enregistré son employeur. Or les faits se sont déroulés chez nous. La victime n'apparaît nulle part dans les statistiques belges. Autre cas de figure : les faux indépendants. En réalité, ils travaillent comme des salariés, mais ils ne bénéficient pas des mêmes protections. Derrière les chiffres officiels, il y a des milliers d'accidents du travail qui passent sous les radars en Belgique.
Jan Knockaert est le coordinateur de Fairwork, une organisation venant en aide aux travailleurs sans titre de séjour ou dans une situation précaire. ©D.R.D'autant qu'un patron embauchant des travailleurs au noir ne sera sûrement pas très regardant sur la sécurité et le bien-être de son personnel.
Bien sûr ! On peut supposer que les patrons qui jouent déjà avec les règles en matière d'emploi seront moins disposés à mettre en place des règles de sécurité sur les chantiers. Or les travailleurs précaires, qu'ils soient détachés ou sans papiers, sont moins informés de leurs droits et des règles en vigueur. Ils hésitent aussi à dire "non" à leur supérieur lorsqu'on leur demande de réaliser un travail dangereux. Malheureusement, une personne précarisée n'a souvent pas le choix d'accepter un travail.
guillementLes personnes les plus précaires sont aussi celles qui connaissent le moins leurs droits.
Les réformes gouvernementales flexibilisant le marché du travail risquent-elles d'aggraver la situation ?
Elles risquent surtout de faire disparaître des accidents du travail des statistiques. La flexibilisation et la précarisation des statuts rendent la reconnaissance des droits plus complexe. Un travailleur migrant peut, par exemple, perdre son titre de séjour à l'expiration de son permis car il se trouve toujours en incapacité de travail à la suite d'un accident survenu en Belgique. Les conséquences dépassent alors largement le seul accident. Cela impacte l'ensemble de ses projets de vie. Le politique devrait mieux encadrer les statuts précaires, renforcer les contrôles sur le détachement, améliorer l'information des travailleurs et faciliter leurs démarches pour les victimes. Car je le répète : les personnes les plus précaires sont aussi celles qui connaissent le moins leurs droits.
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