Dix kilomètres de souffrance pour une énorme joie. Sur les pentes d'un Mont Ventoux toujours aussi traître dès qu'il est baigné d'un grand soleil et balayé par le mistral, même en apparence léger, "Kasia" Niewiadoma-Phinney s'est envolée...
Kasia Niewiadoma-Phinney dompte le Ventoux. La Polonaise devance ses principales rivales de plus d'une minute et s'empare du maillot jaune.
/ Photo Philippe DAUPHIN
Dix kilomètres de souffrance pour une énorme joie. Sur les pentes d'un Mont Ventoux toujours aussi traître dès qu'il est baigné d'un grand soleil et balayé par le mistral, même en apparence léger, "Kasia" Niewiadoma-Phinney s'est envolée bien avant le chalet Reynard et personne ne l'a revue. Le succès de la Polonaise, extatique à l'arrivée, embrassée comme du bon pain par son équipière Antonia Niedermarier (qui s'empare au passage du maillot de meilleure jeune), n'est pas une surprise en soi parce qu'elle a déjà été lauréate de ce Tour de France femmes avec Zwift et parce qu'elle est, avec Demi Vollering, la seule à être montée sur tous les podiums des quatre éditions précédentes (3e, 3e, 1re pour 4 secondes et encore 3e).
Il l'est plus dans la manière, tant la Néerlandaise Demi Vollering et l'armada FDJ United-Suez semblaient plus en mesure de renverser le maillot jaune Marlen Reusser (Movistar). Mais voilà, ces cols mythiques dont fait partie le Géant de Provence ne s'offrent pas à n'importe qui, et l'attaque franche de Niewiadoma à 10 kilomètres du but devait être récompensée : derrière, Vollering et Reusser se sont "enterrées", la première attaquant la seconde qui ne voulut pas la relayer. Douze secondes séparaient les deux femmes hier matin au départ de La Voulte, et quand Niewiadoma, 3e à 1'17, est partie, il aurait fallu la prendre très au sérieux.
"Bien sûr que je suis super déçue, mais avec Demi, on s'est trop regardées. Je pense que j'aurais dû réagir immédiatement, même si Kasia était très forte. C'est tellement stupide, a réagi la Suissesse, plutôt épatante dans la montagne depuis le début de la semaine vu son profil de rouleuse. Je lui souhaite beaucoup de joie avec ce maillot jaune demain (aujourd'hui), vraiment."
Après le nouvel éclat pris par Pauline Ferrand-Prévôt, lâchée dès le virage de Saint-Estève, la Bretonne est plus que jamais meilleure Française de ce Tour de France (6e à 4'01). Si elle a lâché sur l'accélération de Vollering à 10,9 km du but, la grimpeuse d'EF Education a terminé l'étape à 2'01 de Niewiadoma, légèrement décrochée du 2e groupe. "J'aime bien être plus offensive que ça, et je n'ai pas eu l'opportunité de le faire car le rythme était très élevé de A à Z." Elle a finalement effectué la montée à son rythme, dans la roue des deux UAE Longo Borghini et Wlodarczyk.
"Être première Française ? Ici, c'est le Tour de France, ce n'est pas le classement interfrançais", a-t-elle ironisé, en promettant de repasser à l'attaque dimanche dans l'étape de montagne de Nice et, pourquoi pas, de grappiller quelques places au classement.
Reusser (4e de l'étape à 1'46) a attendu d'avoir virtuellement perdu son maillot pour accepter de donner le change à Vollering. Tard, bien trop tard, et sans grande efficacité de toute façon : dans le dernier kilomètre, elle a dû laisser partir Vollering, qui a fini en trombe (2e à 1'16) et s'est fait déborder par l'Italienne Elisa Longo Borghini, qui complète le podium du jour (3e à 1'42).

On ne saura pas ce qu'a pensé la championne d'Europe de ce poker menteur perdant, surtout au vu de ses 7 derniers hectomètres de feu. Frustrée, elle est redescendue direct à son bus, garé 6 kilomètres plus bas au mont Serein, et ses coéquipières, dont les précieuses Célia Géry et Juliette Berthet qui lui avaient préparé le terrain, n'ont pas non plus réagi. Hier matin, Vollering avait posté un message Instagram qui se voulait prémonitoire, rappelant son passé de patineuse sur glace, mais aussi qu'elle avait alors gravi, pour la première fois, le Géant de Provence. C'était il y a dix ans tout pile. La prémonition tenait toujours à 10,9 km du sommet, quand son accélération a isolé le trio de tête du général du reste des favorites. Et puis...
L'héroïne du jour, c'est donc elle, Katarzyna "Kasia" Niewiadoma-Phinney, toujours placée et rarement gagnante, y compris quand elle avait escaladé le Ventoux en 2018 par Malaucène pour une arrivée d'étape du Tour cycliste féminin international de l'Ardèche (TCFIA) au mont Serein.
"Lors des reconnaissances, il y a des routes, des montées qui vous laissent une bonne impression. Celle-ci en faisait partie et je voulais vraiment passer la ligne d'arrivée en tête", a confié la cheffe de file de Canyon/Sram. Mercredi, elle avait bien failli remporter sa première étape sur le Tour en anticipant un sprint dans lequel Vollering et Reusser, déjà, se marquaient. La Néerlandaise l'avait emporté, "mais cette fois, je me suis dit qu'au plus tôt je partirais, au mieux ça vaudrait." Ce fut donc un rush de dix bornes, durant lequel elle n'a pensé "honnêtement à rien. C'était uniquement de la souffrance, de l'envie de pleurer et de descendre du vélo."
Voilà la Polonaise avec le maillot jaune sur les épaules à deux jours de l'arrivée finale à Nice, pour la plus grande joie de son mari, l'ex-professionnel Taylor Phinney. Et pour la plus grande joie des suiveurs car ce 5e Tour de France n'est pas fini : Vollering n'est qu'à 15 secondes et Reusser, à 39.
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