Pour célébrer le 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis, Donald Trump a voulu peindre en bleu le bassin du Lincoln Memorial. Un miroir d’eau depuis recouvert d’algues et à la peinture neuve qui se décolle
Des employés de service des parcs nationaux, testant l’eau après qu’un canard ait été retrouvé mort dans le bassin réfléchissant du Lincoln Memorial à Washington, le 22 juin 2026. ANDREW THOMAS / NURPHOTO VIA AFP
Un caprice à 16, 4 millions de dollars qui vire au fiasco. A l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis, Donald Trump s’est mis en tête de rénover le bassin réfléchissant du Lincoln Memorial. Long de plus 650 mètres, il relie la statue d’Abraham Lincoln au Washington Monument, un lieu emblématique de la capitale Washington DC.
Une énième lubie du président américain, qui souhaite plus que tout laisser sa marque sur la capitale. La construction d’une salle de bal dans la Maison Blanche a déjà été lancée et il ambitionne de voir sortir de terre un immense arc de triomphe. Un bassin donc que Donald Trump voulait rénover, pour réparer les fissures et améliorer l’apparence de son miroir d’eau, en le peignant d’un bleu « couleur drapeau américain ».
Lancé fin avril, le chantier devait coûter moins de deux millions et permettre au monument de briller pour « quarante ou cinquante ans ». Il en coûtera finalement 16,4 millions selon le « New York Times » et aura duré six semaines.
Et le rendu escompté n’aura duré que quelques jours. A peine la couleur posée au fond du bassin, l’eau de ce dernier a viré au vert, envahi par les algues. Bien loin du bleu nuit du drapeau étasunien.
Pour l’administration Trump, hors de question de reconnaître un échec, mais le « processus normal de remise en service » du bassin après les travaux, rendant normal l’apparition d’algues. Pour rendre toute sa superbe au bassin au plus de 10 millions de dollars, des dizaines d’employés se sont armées pour le nettoyer. A base d’épuisettes… Mais aussi de peroxyde d’hydrogène. Un produit hautement corrosif, censés lutter contre la prolifération des algues.
Déjà par le passé, la prolifération d’algues avait posé problème. En 2012, Barack Obama avait entrepris des travaux de rénovation, pour la modique somme de 34 millions de dollars, installant notamment un système de filtration. Mais les mêmes algues étaient réapparues peu de temps après. Un ancien président que Donald Trump s’est empressé d’accuser de ne pas avoir correctement rénové le bassin, lors de ses mandats. « Barack Hussein Obama, vous avez déjà entendu parler de lui ? » a-t-il lancé aux journalistes.
Plutôt que le rôle éventuel qu’aurait joué l’ancien président démocrate, l’une des explications résolument plausible à l’accumulation de ces algues est surtout à chercher du côté de la chaleur et du soleil qui favorisent leur développement. Quant à la peinture fraîchement posée qui se décolle, le peroxyde d’hydrogène s’affiche comme l’une des principaux suspects.
Mais ne parlez pas d’explications scientifiques à Donald Trump qui refuse de voir un échec dans sa gestion de projet. D’autant qu’il s’est lui-même chargé de confier le projet, sans passer par un appel d’offres, à un pisciniste qu’il connaît bien, qui a travaillé dans un club de golf fréquenté par l’homme d’affaires.
Pour le président, ça ne fait aucun doute : son bassin flambant neuf a été victime de « vandalisme ». Accusation qu’il s’est empressé d’affirmer sur son réseau social Truth Social. Selon ses dires, la rénovation se déroulait à merveille jusqu’à ce que des « extrémistes de gauche » armés de couteaux et de produits chimiques s’en prennent au « magnifique bassin réfléchissant ». Et le président américain va jusqu’à même désigner un coupable : Jonathan Karl, journaliste d’ABC « peu scrupuleux », qui aurait essayé d’arracher le revêtement en caoutchouc.
Soupçonné lui aussi d’avoir dégradé le bassin, David Hearn, ancien athlète olympique de canoë, a tout simplement été interpellé alors qu’il se trouvait à proximité à vélo. Arrêté pour destruction de bien publics, il sera présenté à la justice le 9 juillet. Des accusations que conteste David Hearn affirmant au « Washington Post » qu’il avait simplement touché une partie de la peinture déjà décollée, sans pour autant détruire quoi que ce soit.
Pour Donald Trump, les responsables ont commis « des crimes très graves » et méritent « des années de prison ». Et il ne décolère pas : le président américain a menacé ce lundi quiconque oserait s’en prendre au Lincoln Memorial. « Rappelez-vous que la destruction ou même la tentative de destruction de ces choses est passible de dix ans de prison – Et ce sera totalement appliqué ! », a-t-il menacé sur Truth Social. Selon la police des parcs nationaux, cinq personnes auraient été interpellées et cinq personnes auraient reçu des contraventions pour « vandalisme »
Donald Trump a promis que son cher bassin réfléchissant « retrouvera bientôt sa santé », promettant que tout sera remis en ordre avant la fête nationale du 4 juillet. En attendant, l’eau devra être vidée, afin que soient réparées « deux très petites zones », a affirmé le président américain à des journalistes à la Maison Blanche.
Par Jade Santerre