Les Etats-Unis et l’Iran sont parvenus à un accord pour mettre fin immédiatement à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban. Une victoire diplomatique revendiquée des deux côtés.
Le président américain Donald Trump, à la Maison-Blanche, à Washington, le 11 juin 2026. KENT NISHIMURA/AFP
Les Etats-Unis et l’Iran sont parvenus ce lundi 15 juin à un accord pour mettre fin immédiatement à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris le Liban. Avant une cérémonie de signature prévue vendredi à Genève (Suisse), les deux pays doivent envoyer cette semaine des délégations à Doha (Qatar) pour des discussions préparatoires indirectes.
L’accord de paix a été annoncé ce lundi matin par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur clé du conflit, et confirmé peu après par Washington et Téhéran. Si le document sur lequel se sont entendus Washington et Téhéran n’a pas été rendu public dans l’immédiat, il a déjà suscité de nombreuses réactions.
Après avoir annoncé la finalisation d’un « formidable accord » avec la République islamique d’Iran, Donald Trump s’est félicité… de lui-même : « De nombreux présidents ont tenté de faire la paix avec l’Iran, et tous ont échoué avant moi. Les dirigeants de la région ont, pour la première fois, trouvé un président capable de les aider à instaurer une paix véritable », a-t-il écrit sur son réseau social Truth Social.
Lors d’un appel avec un journaliste du « New York Times », le président américain a comparé plusieurs fois son accord – qui garantirait que l’Iran « ne puisse ni développer ni acquérir d’arme nucléaire » – avec celui obtenu par son prédécesseur Barack Obama en 2015. En réalité, tout reste à négocier. Ce qui fait dire au sénateur démocrate Jack Reed, sur Fox News, que l’accord trumpiste est « fondamentalement inférieur à ce que nous avions dans le cadre du JCPOA, dont le président Trump s’est retiré ». Un tacle que Donald Trump n’a pas laissé passer : « L’accord Obama ouvrait la voie à l’arme nucléaire pour l’Iran, argent compris ; c’était l’un des pires et des plus stupides accords jamais conclus par les Etats-Unis », s’est-il énervé sur Truth Social.
Auprès du « New York Times », dimanche après-midi, Donald Trump s’en est encore pris à Benyamin Netanyahou. « C’est un homme très difficile », a-t-il déclaré à propos du Premier ministre israélien, « et pour être honnête, il devrait nous être très reconnaissant de ce que nous avons fait. Car si l’Iran possédait l’arme nucléaire, Israël ne serait plus là depuis deux heures ». Le président américain n’a toujours pas digéré les frappes israéliennes sur Beyrouth, au Liban, qui ont ralenti les négociations avec Téhéran. « Pourquoi Bibi a-t-il dû lancer une putain d’attaque ? J’étais furieux. Je le lui ai fait savoir. Il n’a aucun putain de jugement. Je le lui ai fait savoir », a-t-il déclaré au média indépendant Axios.
Donald Trump n’est pas le seul à revendiquer la victoire. A Téhéran, les dirigeants iraniens n’ont pas manqué l’occasion de vendre un succès imposé à leurs adversaires. L’Iran a « imposé sa volonté divine et d’acier à des ennemis américains et sionistes humiliés, s’est félicité l’état-major dans un communiqué diffusé par la télévision d’Etat. L’ennemi n’a d’autre choix que d’accepter la défaite et de se rendre. » Un récit qui oublie que le conseil suprême de sécurité nationale avait averti plus tôt d’une réponse « imminente » au raid israélien à Beyrouth – finalement abandonné.
En Israël, c’est la douche froide pour le gouvernement. Benyamin Netanyahou n’a pas pu empêcher une nouvelle fois son allié américain de conclure un accord avec l’ennemi iranien. Après une journée dans le silence, le Premier ministre israélien a affirmé que la guerre contre l’Iran avait sauvé son pays de la menace d’une « destruction nucléaire » et a assuré que l’armée israélienne resterait à Gaza, au Liban et en Syrie « aussi longtemps que nécessaire ».
Dans son gouvernement, certains ministres ont été plus offensifs. Allié d’extrême droite, le ministre chargé de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a assuré que l’accord obtenu par le président américain n’engage pas Israël. Une première réaction israélienne sur un ton particulièrement hostile : « Nous ne devons nous contenter de rien qui soit en deçà du démantèlement du [mouvement islamiste libanais] Hezbollah. Nous ne devons pas nous retirer d’un seul pouce du territoire que nos soldats ont conquis et débarrassé des infrastructures terroristes [au Liban]. »
De son côté, Emmanuel Macron a appelé à la mise en place d’un « cessez-le-feu robuste et durable » au Liban. Le président a également déclaré que la mission maritime internationale mise en place par la France et le Royaume-Uni était « prête à accompagner » la réouverture du détroit d’Ormuz.
Alors que la France organise le sommet du G7 à partir de ce lundi à Evian, Emmanuel Macron a prévu de discuter de l’accord de paix obtenu par les Américains. Une tentative de reprise en main du sujet, alors que les Européens ne sont pas partie prenante dans les négociations ? Lors de son échange avec le « New York Times », Donald Trump a minimisé les réactions de ses alliés européens, estimant qu’il était un peu tard pour se joindre à ses efforts.
Joseph Aoun, le chef de l’Etat libanais, a « salué » l’accord en fin de journée. Il a exprimé l’espoir que cet accord soit « un pas positif vers une baisse des tensions, (…) et ouvre la voie à des solutions diplomatiques ». L’accord, dont le Liban n’a pas été notifié officiellement, prévoit la fin de la guerre sur tous les fronts au Moyen-Orient, selon l’Iran.
Après avoir salué l’accord conclu entre les Etats-Unis et l’Iran, les pays de l’E4 (Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Italie) se sont dits prêts à lever certaines sanctions pesant sur l’Iran. « L’Iran ne doit jamais acquérir l’arme nucléaire. Nous sommes prêts à travailler avec les Etats-Unis, l’Iran et l’AIEA [Agence internationale de l’Energie atomique] à cette fin », ont-ils déclaré dans un communiqué conjoint. Ils ajoutent être « disposés à lever les sanctions pertinentes en réponse à des mesures claires et vérifiables de la part de l’Iran concernant son programme nucléaire ».
De son côté, le président du Conseil européen, António Costa, a aussi salué ce lundi l’accord américano-iranien. « La priorité est désormais » la mise en œuvre « rapide et complète » de l’accord « par toutes les parties », a affirmé de son côté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Par Service Actu (avec AFP)