Souvent présentée comme le cœur de la souveraineté numérique, l’hébergement des données en France ou en Europe est-il suffisant ?
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Tribune de Yoram Szternberg Sales Manager France – CRM chez efficy
Sommaire
Pourquoi la localisation des données est-elle devenue un enjeu central ? La question de la localisation des données s’est imposée, en quelques années, comme un sujet clé des débats numériques.
Souvent présentée comme le cœur de la souveraineté numérique, l’hébergement des données en France ou en Europe est-il suffisant pour les protéger ? La réalité est bien plus complexe : la localisation géographique n’est qu’un maillon d’une chaîne bien plus large, où se croisent enjeux juridiques, technologiques, sécuritaires et politiques.
Un cadre réglementaire exigeantLe RGPD reste le socle de cette exigence. En 2025, la CNIL a prononcé des sanctions records, totalisant 478 millions d’euros d’amendes (dont 325 M€ pour Google et 150 M€ pour Shein), marquant un durcissement sans précédent du contrôle des données.
Les entreprises et organismes publics sont désormais juridiquement responsables des données qu’ils traitent et hébergent, avec des risques financiers pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires mondial ou 20 millions d’euros en cas de manquement.
Un contexte géopolitique tenduLa mondialisation des services numériques, autrefois synonyme de fluidité et d’efficacité, se heurte aujourd’hui à des lois extraterritoriales, comme le Cloud Act américain.
Ce texte permet aux autorités américaines d’exiger l’accès à des données détenues par des entreprises américaines, même si elles sont hébergées hors des États-Unis.
En 2026, 85 % des modèles de base d’IA proviennent encore des États-Unis, et l’Europe dépend à 99 % des câbles sous-marins contrôlés par des acteurs non européens pour son trafic de données
Souveraineté numérique et cloud mondial : compatibles ou contradictoires ?La question n’est plus simplement « Où sont mes données ? », mais « Qui peut y accéder ? ». Un cloud peut être physiquement situé en France, tout en restant soumis à une législation étrangère du fait de l’origine de l’éditeur ou de l’hébergeur.
Ce conflit entre le RGPD européen et certaines lois étrangères, comme le Cloud Act, illustre la tension entre protection des droits des citoyens et impératifs de sécurité nationale.
La souveraineté, une chaîne à maîtriserParler de souveraineté numérique, c’est parler de la maîtrise complète de la chaîne :
Sans cette vision globale, la localisation géographique devient un argument rassurant, mais insuffisant. En 2026, seuls 16 % des répondants à une enquête européenne se disent optimistes quant à la capacité de l’Europe à atteindre une souveraineté numérique complète dans les cinq prochaines années.
Le score de souveraineté du cloud : une avancée concrètePour répondre à ces enjeux, la Commission européenne a introduit en 2025 un « score de souveraineté du cloud », évaluant les fournisseurs selon huit critères :
Ce score, exprimé sur 100 %, reflète la capacité d’un fournisseur à garantir que ses services, données et infrastructures restent sous contrôle européen, sans dépendance critique vis-à-vis de juridictions extérieures.
Une initiative qui vise à harmoniser les achats publics et à favoriser les acteurs locaux, mais qui reste controversée : certains y voient un outil de transparence, d’autres un cadre trop rigide ou peu réaliste.
Cinq axes pour aborder concrètement la souveraineté des donnéesMalgré ces avancées, la souveraineté numérique reste un défi. En 2026, 71 % des décideurs publics placent la protection des données en tête de leurs priorités, mais les pratiques peinent à suivre. Les organisations continuent d’héberger des données sensibles dans des environnements exposés à des législations extraterritoriales, souvent par inertie ou manque d’alternatives perçues comme crédibles.
La souveraineté des données n’est ni un slogan, ni une case à cocher. C’est un choix stratégique, qui suppose lucidité, expertise et parfois renoncement à un certain confort technologique.
À l’heure où la donnée est devenue un actif critique économique, politique et démocratique la question n’est plus de savoir si l’on peut se permettre de réfléchir à la souveraineté, mais si l’on peut encore se permettre de l’ignorer.
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