Le département du Lot connaît une hausse inquiétante de la délinquance, avec +22 % en zone gendarmerie et +23 % en zone police par rapport à 2025. Face à l'urgence des violences sexuelles sur mineurs, la procureure de...
l'essentiel Le département du Lot connaît une hausse inquiétante de la délinquance, avec +22 % en zone gendarmerie et +23 % en zone police par rapport à 2025. Face à l'urgence des violences sexuelles sur mineurs, la procureure de Cahors, Clara Ribeiro, a traité 94 % des 125 affaires prioritaires. Cependant, 150 procédures sont toujours en cours, et la charge de travail s'alourdit.
Département rural et touristique, le Lot affiche cette année des chiffres de délinquance inquiétants, enregistrant une hausse des faits de +22 % en zone gendarmerie et +23 % en zone police, par rapport à 2025. Une évolution particulièrement marquée durant l'été.
Cette tendance s'inscrit dans le contexte de l'affaire Lyhanna dans le Gers, alors que les parquets de France et les enquêteurs, à la demande du garde des Sceaux, ont dû surinvestir le champ des violences sexuelles sur mineurs pour examiner les procédures en cours et traiter ces dossiers urgents. À Cahors, Clara Ribeiro, procureure de la République, a joué carte sur table, en dressant un état des lieux exhaustif de la situation dans le département.
329 procédures à examiner pour des violences sexuelles sur mineurs"Nous avions dans le Lot 329 procédures en cours à examiner pour des violences sexuelles sur mineurs. Sur les 125 concernant des victimes toujours mineures en 2026, 117 ont été traitées, soit 94 % des affaires. Ont été identifiés aussi 112 autres dossiers concernant des violences sexuelles sur mineurs, avec des victimes désormais majeures", a pointé la magistrate. Les autres faisant doublons avec d'autres juridictions.
Un travail de titan qui a mobilisé d'importants moyens d'enquête également, dont témoigne la procureure : "On a regardé pour chaque cas, les antécédents judiciaires de l'auteur présumé, s'il avait dans son environnement la victime ou d'autres mineurs, s'il exerçait des activités en lien avec les enfants ou encore s'il y avait une sérialité avec plusieurs victimes identifiées. Le plus ancien des dossiers à étudier datait de 2022. Tout a été priorisé selon ces critères pour être traité au regard de l'urgence."
En conséquence, la justice a procédé à 10 déferrements durant l'été, à 11 ouvertures d'information judiciaire, dans le même temps, elle a classé 70 dossiers soit parce qu'il n'y avait pas d'infraction, soit parce qu'elles étaient insuffisamment caractérisées, ne permettant pas de poursuivre l'auteur. À la marge, certaines plaintes ont relevé de l'irresponsabilité pénale de mineurs de moins de 13 ans.
Hiérarchiser les dossiers les plus sensibles pour prioriser leur traitementCependant, malgré l'engagement des magistrats du parquet de Cahors à prioriser le traitement des violences sexuelles sur mineurs, d'autres plaintes ont depuis été déposées sur leur bureau, avec pour conséquence 150 procédures toujours en cours. "De nouveau, nous hiérarchisons les dossiers les plus sensibles, pour les traiter prioritairement", martèle Clara Ribeiro qui a décidé de détacher un magistrat du parquet par territoire. Si elle gère la zone de Cahors, Figeac est pris en charge par Marie Junqua, et Gourdon, par Thilbault Fouris. Ce découpage leur permet une meilleure connaissance des affaires, d'assurer le suivi et d'être efficace localement.
"Cependant, avec 39 % de plaintes pour des violences intrafamiliales supplémentaires à absorber en zone gendarmerie, et +53 % en zone police pour les atteintes aux personnes, sans moyens d'enquête supplémentaires ou renfort au parquet, la situation reste inquiétante. Sur les violences sexuelles classées moins urgentes, nous sommes à trois mois de délais, contre 8 jours pour les dossiers prioritaires". Un niveau d'exigence que la magistrate du parquet ne veut pas remettre en cause, malgré la charge de travail et l'augmentation exponentielle de la cybercriminalité.
Marie Junqua, la procureure Clara Ribeiro, Laurianne Caudron et le président Olivier Bataillé.
DDM L. BertoniLors de l’audience d’installation du tribunal judiciaire de Cahors, mercredi, le président Olivier Bataillé a présenté trois nouveaux magistrats, devant un parterre d'élus et d'officiels. "Mais plus de magistrats ne signifie pas plus d'effectifs", a-t-il tenu à souligner, indiquant que d'autres étaient partis. Un jeu de chaise musicale que l'on retrouve aussi au niveau des fonctionnaires de la juridiction qui accueillent quatre nouveaux collaborateurs.
Ainsi, Louise Darbon est installée comme juge d'instruction, après un parcours au sein des services pénitentiaires et avoir été auditrice de justice. Laurianne Caudron, est nommée juge des enfants, elle a notamment dirigé un centre pénitentiaire ; et Marie Junqua, rejoint le parquet en tant que substitut du procureur de la République, diplômée de l'école nationale de la magistrature et après avoir été auditrice de justice.
"Nous ne sommes plus en mesure de tout absorber, donc il faut faire des choix. Nous prioriserons les dossiers d'atteintes aux personnes et liés aux stupéfiants. Les atteintes aux biens, les délits routiers, etc., ne seront plus la priorité.", prévient la magistrate qui espère aussi plus de fluidité grâce aux procédures de CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité) et aux audiences en juge unique. Tout en regrettant de ne pas avoir obtenu d'unité médico-judiciaire de proximité qui aurait permis avec les cinq salles Mélanie du Lot et l'UAPED (Unité d'Accueil Pédiatrique pour l'Enfance en Danger) de consolider la prise en charge des victimes.