Avec la volonté de créer une entreprise qui veut “rendre le monde plus sûr en apportant de la transparence”, l’entreprise polonaise DataWalk ambitionne de concurrencer le géant américain Palantir. Un pari ambitieux dans un secteur stratégique. ...
Devenir l'alternative européenne au géant américain Palantir. C'est l'ambition gigantesque de DataWalk, une entreprise polonaise qui entend contribuer à une Europe "plus sûre" en dédiant, notamment, une grande partie de ses activités à l'identification des opérations d'influence russes. "Je ne sais pas à quel point c'est visible en Belgique, en dehors des drones qui survolent parfois certaines installations sensibles. Mais, en Pologne, nous vivons clairement dans une situation de guerre hybride", souffle Paweł Wieczyński, le CEO de DataWalk.
Mais, pour rivaliser avec Palantir, l'entreprise controversée qui reste le spécialiste américain des logiciels d'analyse de données largement utilisés par les gouvernements et les services secrets de nombreux pays, l'entreprise polonaise mise sur une "architecture complètement différente". L'objectif : ne pas posséder les données de ses clients, à l'inverse de Palantir, mais leur donner les clés pour faire fonctionner leur logiciel eux-mêmes, une approche plus favorable au respect du RGPD européen. Mais les défis pour s'imposer restent de taille.
Les services secrets français signent avec Palantir, le géant américain proche de Trump et Israël"L'Europe est largement en dessous de son potentiel dans le secteur des hautes technologies", lance d'emblée Paweł Wieczyński. "Et, pourtant, nous ne sommes pas moins intelligents", continue-t-il. "Aux États-Unis, les gens me demandaient : qui utilise déjà votre technologie en Pologne ? Et, en Pologne, on me disait : revenez quand les Américains l'utiliseront. C'était un cercle vicieux".
L'entreprise a donc dû se confronter au terrain américain pour tenter de se mesurer, dès le départ, aux utilisateurs les plus exigeants. "Si on veut faire le meilleur produit, il faut se confronter aux écosystèmes les plus avancés. Entrer sur le marché américain était donc évident pour nous, mais extrêmement difficile", assure le CEO.
guillement"Il y a deux grandes menaces pour les banques. La première concerne les Nord-Coréens"
L'entreprise a pourtant réussi à trouver un partenaire clé aux États-Unis : le Département de la Justice. Un tournant important, dans un contexte où Palantir détient alors une position dominante sur le marché. Et lorsqu'on lui demande les raisons de cet engouement américain pour cette start-up polonaise, Paweł Wieczyński sourit avant de répondre : "Si nous n'avions pas le meilleur produit, pourquoi le Département de la Justice américain aurait-il cru le discours d'un type avec un accent d'espion russe qui lui dit : 'Monsieur le Département de la Justice, n'achetez pas Palantir, achetez DataWalk, prix d'ami' !"
Vient, ensuite, le défi européen. Si Palantir demeure particulièrement implantée sur le continent européen, les questions de souveraineté numérique et de réduction de la dépendance aux technologies américaines occupent désormais une place centrale dans le débat actuel. Et, depuis plusieurs mois, certains services de renseignement, notamment en France et en Allemagne, ont ainsi décidé de mettre fin à leurs contrats avec le groupe américain. "Oui, il apparaît effectivement qu'il y a eu un tournant après la réélection de Trump. Pour certains pays, comme le Danemark, la décision de se tourner vers des entreprises européennes est évidemment motivée par des idées politiques (les relations sont particulièrement tendues entre les deux pays au sujet du Groenland, NdlR). La situation géopolitique actuelle pourrait accélérer encore davantage cette dynamique de souveraineté".
guillement"Certaines banques très importantes voient apparaître de plus en plus d'agents chinois"
Mais si l'Europe cherche progressivement à s'affranchir de certains fournisseurs américains, cette transition reste toutefois très lente. "Nous sommes en discussion avec certaines administrations européennes depuis trois ou quatre ans sans qu'aucune décision ne soit prise. À titre de comparaison, l'ensemble du processus avec le Département de la Justice américain a pris moins de douze mois entre la première discussion et la mise en œuvre", souligne le CEO de DataWalk.
Palantir, cette "boîte noire numérique au service de la répression" que Theo Franken trouve "fascinante"Si l'entreprise mise particulièrement sur les gouvernements et les services de renseignement, elle entend également se positionner dans la lutte contre la criminalité ou encore le blanchiment d'argent, principalement dans le secteur bancaire.
"Il y a deux grandes menaces pour les banques. La première concerne les Nord-Coréens. Ils sont très actifs dans les tentatives d'infiltration des entreprises. Ils utilisent souvent de fausses identités ou des identités volées pour voler de l'argent dans les banques. Ils volent des centaines de millions de dollars, voire des milliards, chaque année", explique le CEO. "Ils ont une cyberarmée très efficace", affirme-t-il. La seconde menace vient plutôt, selon lui, de réseaux liés à la Chine. "Certaines banques très importantes voient apparaître de plus en plus d'agents chinois mais nous ne savons pas exactement ce qu'ils font", affirme Paweł Wieczyński.
guillement"C'est pour ça que nous investissons dans notre armée, notre économie et notre résilience"
À cela s'ajoute la menace russe, un sujet que le dirigeant connaît particulièrement bien, lui qui a comme grand-père l'un des dirigeants locaux du mouvement polonais Solidarność. "La Pologne possède malheureusement une longue expérience historique dans ce domaine", explique-t-il. "Je parle russe et il m'arrive de regarder les chaînes de télévision russes. On y entend des débats du type : combien de temps un missile nucléaire mettrait-il pour atteindre Londres ? Ce sont des sujets réellement discutés à la télévision. C'est pour ça que nous investissons dans notre armée, notre économie et notre résilience", continue Paweł Wieczyński.
Une des différences majeures avec Palantir réside également dans la volonté de ne pas être en concurrence sur les produits de la "kill chain", à l'instar du projet Maven Smart System. Pour rappel, Maven est une plateforme de Palantir qui a notamment agi comme un des "cerveaux des frappes" lors des attaques américaines en Iran ces derniers mois. Ce système prend notamment en charge l'ensemble du processus qui consiste à identifier et frapper une cible. "Nous voulons rendre le monde plus sûr en apportant de la transparence", explique-t-il.
"Maven Smart System" : l'IA de la controversée Palantir utilisée dans les frappes au Moyen-OrientL'entreprise se montre donc davantage comme une technologie qui permet aux analystes de connecter rapidement des informations, issues de sources différentes, entre elles. "Si un navire navigue à proximité d'un câble sous-marin stratégique et que son transpondeur est éteint, on se demande pourquoi. On cherche et on trouve que le navire est officiellement enregistré à Chypre. Cela paraît normal. Mais lorsqu'on examine les contrats d'assurance, on découvre que son assurance est russe. La question devient alors : pourquoi un navire lié à la Russie se trouve-t-il à proximité d'une infrastructure critique avec son système de localisation désactivé ? C'est précisément ce genre d'analyse que permet la plateforme", conclut Paweł Wieczyński.
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