Les Rencontres d’Arles, un festival de référence accessible à tout un chacun. ...
"Je n'y connais rien à la photo ! " Combien de fois ceux qui s'intéressent à la photographie, soit professionnellement, soit parce qu'ils la pratiquent en amateur n'ont-ils pas entendu cette petite phrase à propos de ce type d'image inventé voici 200 ans et qui depuis a complètement envahi nos vies. On entend plus rarement "Je n'y connais rien à la musique", tout simplement parce que chacun sait, étant donné la diversité de cet art, que l'on peut se dire mélomane tout en n'en appréciant qu'une petite partie, voire qu'un style.
C'est précisément ce type de raisonnement que permet le passage par les Rencontres d'Arles, ce festival de la photographie de renommée mondiale dont la seule lecture du programme révèle toute la diversité de ce qu'on devrait nommer "les langages photographiques". Pas besoin d'être un "initié", ni un "spécialiste", pour autant que cela existe. Non, il suffit d'être curieux et forcément, dans le panel d'expositions que l'on aura pu voir – à moins d'y passer plusieurs jours, on ne peut pas toutes les voir – il y aura quelques coups de cœur qui feront dire "J'aime bien la photographie." Et même : "On a bien fait de venir".
Lee Shulman et Omar Victor Diop, de la série Being There, 2023 ©Lee Shulman et Omar Victor DiopÀ la différence du Festival de Cannes, réservé aux professionnels, les Rencontres s'adressent à un large public. L'édition de 2025 a attiré pas moins de 175 000 visiteurs et, au vu du programme de l'édition qui vient de débuter ce 6 juillet, il n'y a pas de raison pour que cela diminue cette année. L'éclectisme est en effet bien au rendez-vous – que ce soit dans les thématiques ou dans les approches artistiques – qui permet à chacun d'y trouver son compte. Ainsi, parmi les 6 séquences proposées, celle qui concerne les "Indépendances" se décline en récits de sorties du colonialisme aux approches variées : historique avec l'exposition collective Ghana ! ; inventive avec les photoromans de l'Ivoirien Paul Kodjo, politique avec Sammy Baloji ou poétique avec le splendide travail de Ayana V. Jackson exposé à l'Abbaye de Montmajour.
"À la différence du Festival de Cannes, réservé aux professionnels, les Rencontres s'adressent à un large public. L'édition de 2025 a attiré pas moins de 175 000 visiteurs et, au vu du programme de l'édition qui vient de débuter ce 6 juillet, il n'y a pas de raison pour que cela diminue cette année."
Et comme si ce kaléidoscope ne suffisait pas, la bien nommée séquence Archives incertaines propose, à l'ancien collège Mistral, Being There [Être là] de Lee Shulman et Omar Victor Diop. Autrement dit une collaboration jouissive entre un célèbre collectionneur de photos souvenirs anciennes – The Anonymous Project, la structure qu'il a créée, en recèle près d'un million – et un artiste sénégalais déjanté. Le premier a mis à disposition du second toute une série d'images prises en Amérique du Nord dans les années 1950 et 1960. Des photos de gens que l'on dit sans histoires, tous blancs, au milieu desquels le second va venir s'immiscer par trucage. Si l'on sourit ou si l'on rit, ce n'est pas de la situation de mixité en elle-même évidemment, mais bien de la prise de conscience immédiate de son impossibilité dans cette époque de ségrégation raciale décomplexée.
Souleymane Bachir Diaw, Grand boubou blanc avec broderies dorées, 2021 ©Souleymane Bachir DiawC'est l'exemple même d'une création à la fois subtile et accessible à tous, d'un raccourci intelligent vers une autre façon de voir les choses. Il y en a bien d'autres dans ce festival comme ces somptueuses photographies du jeune Sénégalais Souleymane Bachir Diaw dénonçant les archaïsmes de genre et montrées ici dans le cadre du Prix Découverte. Ou comme la série Goudron Tanger-Le Cap de Bruno Boudgedal qui revisite le "road movie" pour en faire une "quête spirituelle". Ceci sans oublier les valeurs sûres comme Rinko Kawaushi, Pentti Sammallahti, William Klein ou Edward Steichen.
Et ce ne sont là que quelques exemples pris dans la cinquantaine d'expositions proposées à venir découvrir à Arles jusqu'au 4 octobre que l'on soit en Provence pour les vacances ou que l'on y vienne expressément.
Quoi photographies Quand Du 6 juillet au 4 octobre 2026 Rens. : www.rencontres-arles.com
Livre : Being There, Omar Victor Diop et The Anonymous Project, éditions Textuel, 2023, 49€
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