La websérie franco-iranienne prend des nouvelles de son héroïne, désormais installée en France, pour conjurer avec tendresse et mélancolie son mal du pays.
La websérie franco-iranienne prend des nouvelles de son héroïne, désormais installée en France, pour conjurer avec tendresse et mélancolie son mal du pays.
Shadi – dont le prénom, qui signifie “bonheur” en farsi, donne son nom à la série – a quitté l’Iran depuis six mois et vit désormais à Strasbourg, où elle apprend le français tout en travaillant dans une salle de sport. À la veille de Nowruz (le Nouvel An iranien), sa rencontre avec Arezou, une Franco-Iranienne impulsive et solaire, ravive une part de son identité tout en faisant apparaître les tensions qui traversent la diaspora.
Diffusée il y a cinq ans, la première saison d’Happiness adoptait la structure d’un road-trip initiatique pour saisir les aspirations d’une génération hyperconnectée et avide de liberté dans un Iran conservateur. Pensée pour une diffusion numérique et destinée à un public jeune, la websérie réalisée par Pouria Takavar brossait dans un même mouvement le portrait de son héroïne et un adieu doux-amer au pays natal.
Creusant le motif du déracinement, sa deuxième saison est tiraillée entre deux pays mais aussi par une chronologie politique impossible à embrasser pleinement. Si elle intègre les répercussions du mouvement “Femmes, vie, liberté”, qui a cristallisé la colère et le désir démocratique de la jeunesse iranienne, elle a été tournée avant les révoltes de décembre 2025 et leur répression sanglante par le régime des Mollah et l’offensive israélo-américaine menée sur le pays.
Grain de sable dans la marche tragique de l’Histoire, Happiness saison 2 articule ses courts épisodes (moins de dix minutes chacun) aux tribulations strasbourgeoises de Shadi, confrontée à des difficultés d’intégration et à la nostalgie du pays natal. Sa précision de trait fait mouche lorsqu’elle décrit l’organisation d’un Haft Sin – la table traditionnelle du Nouvel An persan – bricolé avec notamment un poisson rouge chopé dans le bassin du pensionnat ; ou quand elle se penche sur la logistique complexe, mais vitale, entourant l’envoi de médicaments à la famille restée au pays. Son récit se révèle plus fragile lorsqu’elle investit les motifs plus classiques de la comédie adolescente, entre vols à l’étalage, vibrations amicales et premières amours. Elle n’en saisit pas moins, à son humble échelle mais avec sensibilité, l’expérience d’une jeunesse en exil dont les remous ont une portée universelle.
Happiness saison 2, de Pouria Takavar et Yashar Alishenas, avec Ghazal Shojaie, Yasmine Fattahi… Sur arte.tv.