À 79 ans, Larry David revient avec “Life, Larry and The Pursuit of Unhappiness”, une nouvelle série HBO Max. Une relecture absurde de l'histoire américaine qui marque un tournant dans son œuvre.
À 79 ans, Larry David revient avec “Life, Larry and The Pursuit of Unhappiness”, une nouvelle série HBO Max. Une relecture absurde de l’histoire américaine qui marque un tournant dans son œuvre.
Quand Curb Your Enthusiasm s’est terminée en 2024, on pensait dire bye bye à Larry David, roi de la comédie télé depuis les années 1990. Le co-créateur de Seinfeld revient pourtant, à 79 ans (le 2 juillet), avec une nouvelle série pour HBO : six épisodes d’une trentaine de minutes, découpés en sketches. L’occasion ? Les 250 ans de la déclaration d’indépendance américaine de 1776. En mode absurde, le scénariste et acteur revisite l’Histoire de son pays, mettant en scène des personnages plus ou moins célèbres, qu’il incarne avec divers postiches. Sa fonction ? Bordéliser le réel, ajouter du Larry à la vie made in USA. Comme toujours.
Coulisses de la rédaction de la Constitution américaine, incident du bus avec Rosa Parks (où il joue un passager si horripilant qu’elle préfère aller s’asseoir à l’arrière !), soupe populaire lors de la crise de 1929 avec un gros problème dans la queue, “underground railroad” (chemin de fer clandestin) durant l’esclavage, assassinat de Abraham Lincoln, alunissage de Neil Armstrong et Buzz Aldrin (avec engueulade sur l’identité de celui qui mettra un premier pied dehors) : tout ou presque dans cette uchronie est prétexte à disruption, coup de sang, explosion des limites de la cordialité, avec des “guests” de haute tenue : Jerry Seinfeld, Kathryn Hahn, Jon Hamm, Rob Reiner, Jane Krakowski, Lin-Manuel Miranda, Bill Hader, etc.
Celles et ceux qui connaissent l’humour juif new-yorkais de “LD” arrivent en terrain connu. Au point que devant certains sketches moins aboutis, un sentiment de recyclage pointe. Un recyclage souvent drôle, mais un recyclage quand même.
L’intérêt de Life, Larry and The Pursuit of Unhappiness, en plus de donner aux fans un shot de leur héros à la démarche post-Charlot, tient au fait que la série met les points sur les i à propos de la politique de Larry David. Il y a six ans, dans la 10e saison de Curb Your Enthusiasm, son personnage arborait par provocation une casquette MAGA, histoire de laisser parler l’humour. Ici, on voit bien que derrière la façade fun, Larry David ne rigole plus du tout quand il s’agit d’évoquer le président d’extrême droite, toujours au pouvoir. Les allusions au locataire de la Maison Blanche sont directes, tranchantes, dépitées.
David s’est même associé à Barack et Michelle Obama, producteur·rice de la série. Au crépuscule de sa vie, il fait en quelque sorte son coming out progressiste, sans ambiguïté, soulignant à plusieurs reprises dans les sketches certaines racines discriminatoires, racistes, antisémites et coloniales de l’Amérique. Si on le savait pencher du côté démocrate, Larry David s’était aussi construit un personnage de pourfendeur du politiquement correct – l’ancêtre du “wokisme”. Un déguisement qu’il ne revêt plus tellement ici, sauf pour un sketch sur la fin de la Seconde Guerre mondiale. La mauvaise tête, celui qui aimerait inscrire dans la Constitution l’interdiction de souhaiter la bonne année “après le 7 janvier”, se rallie malgré tout à une forme de raison.
Et puisque tout va mal, autant s’amuser le plus possible. C’est le credo de Larry David. Le titre de la mini-série est une variation sur une phrase charnière de la Constitution US, qui promet la “poursuite du bonheur” – une spécificité américaine. Lui fait la pub de la poursuite du malheur (“The Pursuit of Unhappiness”), mais avec un esprit gamin et une joie de tous les instants. C’est son paradoxe et sa grandeur.
Life, Larry and The Pursuit of Unhappiness est disponible sur HBO Max.