Après une nouvelle vague de chaleur, le désarroi continue de gagner le monde prunicole. Autour des élus du conseil départemental de Lot-et-Garonne, plusieurs producteurs ont de nouveau tiré la sonnette d’alarme,...
Après une nouvelle vague de chaleur, le désarroi continue de gagner le monde prunicole. Autour des élus du conseil départemental de Lot-et-Garonne, plusieurs producteurs ont de nouveau tiré la sonnette d’alarme, notamment sur "l’après-canicule" et l’avenir des vergers de pruniers d’Ente.
Cailladelles, petit hameau entre Villeneuve-sur-Lot et Monflanquin. Philippe Brousse fait arrêter le convoi le long d’une route, dominant un de ses vergers. Le constat est douloureux : les tonalités orangées dominent sur la verdure habituelle des champs de pruniers. Cet épisode inédit dans l’histoire de la culture de la prune, mis en avant depuis plusieurs semaines, ne cesse d’interloquer les agriculteurs.
Les pruniers de Cyril Belleau, comme ceux de l'ensemble de la profession, ont été victime de "l'effet chalumeau" de la canicule.
DDM G.B.
Lundi matin, plusieurs pruniculteurs du "cœur de la production prunicole" ont été réunis autour de Marcel Calmette et Christine Gonzato-Roques, les élus départementaux du Haut-Agenais, en compagnie du nouveau vice-président en charge des questions agricoles Jean-Jacques Mirande. Comme partout, le "coup de chalumeau" du mois de juin va mettre en péril la future récolte. C’est sur l’exploitation de Cyril Belleau que les élus ont pu observer de près les dégâts de ces vagues de chaleur successives et historiques. Les fruits tombent tout seuls, certains encore sur les branches semblent comme cuits sur place. "Au moins 30 %, 50 % par endroits", avance Cyril Belleau. Mais le plus inquiétant réside dans la mortalité directe des arbres. Des centaines de jeunes pruniers aux branches grillées condamnent la production pour plusieurs années. Cette hécatombe met en lumière une crise à venir autour du matériel végétal.
Les règles strictes de l’IGP Pruneau d’Agen autour des plantsCes producteurs du Haut-Agenais pointent du doigt une faille structurelle : la dernière homologation majeure d’un porte-greffe pour le prunier d’Ente remonte à 1985. Produits en masse par microbouturage, les plants industriels actuels manquent de vigueur racinaire pour résister aux stress hydriques et thermiques répétés. Surtout, la profession dénonce le carcan des règles de l’IGP, qui interdisent aux agriculteurs de sélectionner ou de reproduire eux-mêmes leurs propres porte-greffes, pourtant mieux adaptés à la "mémoire du sol" de leurs parcelles.
Les pruniers de Cyril Belleau, comme ceux de l'ensemble de la profession, ont été victime de "l'effet chalumeau" de la canicule.
DDM G.B.
Car oui, derrière chaque pruneau d’Agen se cache un élément méconnu du grand public : le porte-greffe. Invisible une fois l’arbre planté, il joue pourtant un rôle essentiel dans la réussite d’un verger de pruniers d’Ente. Le porte-greffe constitue la partie inférieure de l’arbre, celle qui porte les racines. Sur lui est greffée la variété fruitière, en l’occurrence la célèbre prune d’Ente. S’il n’influence pas directement la nature du fruit produit, il conditionne en revanche de nombreux paramètres : vigueur de l’arbre, résistance aux maladies, adaptation aux sols, tolérance à la sécheresse ou encore durée de vie du verger. Cette importance agronomique explique un premier niveau de réglementation. Les plants commercialisés doivent répondre à des exigences sanitaires strictes afin d’éviter la propagation de maladies ou de virus susceptibles d’affecter durablement les exploitations. Les producteurs doivent ainsi pouvoir identifier précisément l’origine du matériel végétal utilisé et garantir sa qualité.
Pour remplacer les arbres morts, "les pépiniéristes ne pourront pas fournir les plants"Mais dans le cas du prunier d’Ente, la réglementation va plus loin. La filière du pruneau d’Agen, reconnue en Appellation d’Origine Protégée (AOP), repose sur un cahier des charges destiné à préserver la qualité et la réputation du produit. Les porte-greffes retenus sont le résultat de nombreuses années d’expérimentations menées par les instituts techniques et les professionnels de la filière. Leur comportement a été évalué dans différents types de sols et de conditions climatiques afin de s’assurer de leur compatibilité avec la prune d’Ente. "Mais aujourd’hui, les pépiniéristes ne pourront pas fournir les plants" pour remplacer les arbres morts, tancent les producteurs. Ils craignent aussi que de jeunes arbustes viennent de pays de l’Est. Alors qu’une rencontre est prévue avec le préfet à Monflanquin ce mercredi, les exploitants réclament une vraie relance de la recherche agronomique autour de ces porte-greffes.