Habitant de Saint-Aubin, Vincent Faucher s’est installé depuis ce lundi matin devant le site monflanquinois de la Saur, le gestionnaire de l’eau potable du nord du Lot-et-Garonne. Il a décidé d’entamer une grève de la...
Habitant de Saint-Aubin, Vincent Faucher s’est installé depuis ce lundi matin devant le site monflanquinois de la Saur, le gestionnaire de l’eau potable du nord du Lot-et-Garonne. Il a décidé d’entamer une grève de la faim pour dénoncer un contentieux qui dure depuis cinq ans : sa maison avait subi des dégâts après une fuite. Le riverain désigne la Saur comme responsable, cette dernière réfute en s’appuyant sur une décision du tribunal.
Une simple chaise et un poste de radio. Ce lundi au petit matin, Vincent Faucher a décidé de s’installer à l’entrée du site de la Saur, à Monflanquin. Il n’est pas question ici de camping sauvage, mais bien d’une action, d’une revendication. Sur la clôture du bâtiment de la zone d’activités de la route de Villeneuve, il a accroché deux banderoles, au message pour le moins clair : "Grève de la faim" et "Saur coupable". L’homme, résidant à Saint-Aubin, est déterminé après cinq années de démarches infructueuses et d’incompréhension grandissante.
L’affaire remonte à l’année 2021, lorsqu’une importante fuite d’eau a été localisée au niveau de l’avant-compteur alimentant sa propriété. Si l’intervention technique a rapidement stoppé l’écoulement, les dégâts causés à l’intérieur de sa maison ont initié un bras de fer acharné. "Le papier peint a été décollé, il y avait des infiltrations", se souvient Vincent Faucher. Le préjudice matériel a été estimé à plus de 4 500 euros par son assureur…
"L’eau s’est déversée chez moi, mais personne ne veut reconnaître sa responsabilité"Vincent Faucher affirme que les dommages subis chez lui découlent directement de cet incident sur le réseau public. "Je veux qu’on arrête de prendre les gens pour des cons", s’insurge le riverain, désormais poussé à bout. "J’ai tout essayé : l’assureur, le médiateur de justice, le tribunal. L’eau s’est déversée chez moi, mais personne ne veut reconnaître sa responsabilité."
L’affaire a fini devant le tribunal de proximité. Mais au lieu d’apaiser le litige, la décision judiciaire a décuplé l’amertume du riverain. Outre le fait d’avoir été débouté de l’ensemble de ses demandes de réparation, Vincent Faucher a découvert une étrange anomalie dans la rédaction du jugement : son nom, pourtant mentionné en première page, est remplacé aux pages suivantes par celui d’un inconnu, un certain "Vincent Sanchez". "On me parle d’un simple copier-coller du greffe, mais pour moi, cela prouve que le dossier n’a pas été traité sérieusement", dénonce-t-il, déplorant également l’absence de son conseil lors des audiences. Face à ce qu’il qualifie d’injustice flagrante et avant la prescription quinquennale imminente, il a choisi la voie extrême : la grève de la faim pour tenter d’obtenir gain de cause et "faire jurisprudence".
"Ici, deux experts et la justice ont conclu à l’absence de responsabilité de notre société"Du côté de la Saur, l’incompréhension domine face à cette action spectaculaire. Tout en regrettant l’issue choisie par le riverain, les services de la société rappellent avoir agi dans le strict respect du droit et des rapports d’expertise. "Dès son appel en 2021, nos agents sont intervenus immédiatement pour réparer la fuite dans les délais réglementaires", soulignent les services de la Saur. S’agissant des dommages immobiliers revendiqués, l’entreprise s’appuie sur deux expertises techniques contradictoires ainsi que sur le délibéré du tribunal.
Pour le gestionnaire du réseau d’eau potable, les désordres constatés chez Vincent Faucher ne résulteraient pas de la fuite sur l’avant-compteur, mais de problèmes de capillarité et d’étanchéité propres au bâtiment, accentués par le ruissellement naturel des eaux pluviales sur un terrain situé en contrebas. Chose que conteste le riverain. "Quand nous sommes en tort, nous indemnisons", maintiennent les services de la Saur. "Mais ici, deux experts et la justice ont conclu à l’absence de responsabilité de notre société." Même après l’arrivée du Saint-Aubinois devant les locaux, le dialogue est resté au point mort. Il pourrait faire appel de la décision du tribunal, mais cette nouvelle procédure "serait pour ma poche", s’agace-t-il. Malgré tout, Vincent Faucher reste déterminé. Dans son fourgon, un matelas est déjà en place pour passer la nuit près des locaux. Il ne compte pas lâcher l’affaire. La Saur non plus.