Treize ans de violences conjugales et d’emprise psychologique, treize ans, c’est le temps qu’il a fallu à Corinne* pour porter plainte. Des années de coups, de nuits à fuir et deux enfants impuissants face à une...
l'essentiel Treize ans de violences conjugales et d’emprise psychologique, treize ans, c’est le temps qu’il a fallu à Corinne* pour porter plainte. Des années de coups, de nuits à fuir et deux enfants impuissants face à une violence sans limite. Ce jeudi 15 mai, Robin* comparaissait en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Foix, il repart avec trente mois de prison, dont dix avec sursis.
Il entre dans la salle, veste verte K-Way, crâne rasé, barbe courte. Avant même de s’asseoir dans le box, il balaie l’audience d’un regard lent, presque détaché. Ce jeudi 15 mai, Robin comparaît en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Foix pour menaces de mort et violences sur son ex-compagne. Il a 39 ans, il habite Verniolle et la Thaïlande, où il a acheté un bar l’automne dernier.
L’homme est bavard et il le prouve très vite. Quand la présidente commence à dérouler les faits, il l’interrompt. Quand l’avocate de la partie civile plaide, il l’interrompt. Quand le procureur parle, il lève la main dans le box. Tout au long de l’audience, il commente, rectifie, soupire. À un moment, face aux déclarations des témoins, il rigole.
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Les faits qui l’amènent là sont apparus sur l’écran du téléphone de la victime, des SMS envoyés de l’autre bout du monde : "Tu auras le fusil dans la gorge", "On va mourir tous les deux". Depuis la Thaïlande, où il s’est installé l’automne dernier, Robin* a continué à tenir Corine* sous emprise, à distance, après des années à le faire physiquement. Avant ça, il y a eu des coups, des cheveux tirés, des gifles, les genoux qui lâchent sous une balayette. Ce sont ces scènes de violence sans nom que la présidente décrit. Un épisode particulièrement marquant s’est passé un après-midi : Corine* conduit et il la frappe tout le long du trajet, les enfants impuissants sont à l’arrière du véhicule.
Treize ans, c’est ce que dit Corine* aux gendarmes le 12 mai : depuis le début de la relation, cette violence n’a pas cessé, que ce soit pendant sa grossesse ou devant les enfants. Pour comprendre l’intensité de cette violence, il y a le témoignage de la mère de Corine*, venue la chercher en pleine nuit au moins vingt fois au fil des années, qui la trouvait à la porte terrifiée, après avoir réussi à s’enfuir. Et puis il y a les deux enfants de Corine, 11 et 12 ans, qui ont grandi dans cette maison et qui, entendus par les enquêteurs, ont décrit avec des mots innocents ce qu’ils avaient vu : leur père mettre leur mère au sol, lui tirer les cheveux et la rouer de coups. "On a essayé de s’interposer mais papa était trop fort."
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À la barre, Robin* a une explication pour tout. Il reconnaît les violences, mais "sur une période vaste", "une fois ou deux", "de toute façon c’est parce qu’elle prenait de la cocaïne et qu’elle ne travaillait pas". Les menaces de mort, il les explique en assumant que "c’est la seule chose qu’il peut faire pour lui faire du mal à distance". Sa défense n’a pas suffi au procureur de la République, qui résume froidement le passé du prévenu : un homme qui a 22 condamnations à son casier et qui a déjà été condamné en 2011 pour violences conjugales sur une précédente compagne. "Il a été sourd à toutes les peines qu’il a eues."
Le tribunal a fini par trancher : trente mois de prison, dont dix avec sursis, maintien en détention, interdiction d’approcher la victime et son domicile pendant trois ans et retrait de l’autorité parentale. Le prévenu écoute, balaie une dernière fois l’audience du regard, il n’a pas l’air surpris. En partant, il désigne d’un geste l’avocate de la partie civile et lâche, pour conclure treize ans de violence et une journée d’audience : "C’est fini pour moi financièrement".