Photos intimes diffusées, violences conjugales, harcèlement et intrusion malgré une interdiction judiciaire... Devant le tribunal de Foix, en Ariège, un Laroquois de 50 ans a été condamné après des mois de tension...
l'essentiel Photos intimes diffusées, violences conjugales, harcèlement et intrusion malgré une interdiction judiciaire... Devant le tribunal de Foix, en Ariège, un Laroquois de 50 ans a été condamné après des mois de tension avec son ex-compagne. À l'audience, la victime raconte l'emprise, la peur et les menaces qui ont continué après la séparation.
Enzo* ne tient pas en place dans le box des prévenus. T-shirt noir marqué "Liberto", regard sombre régulièrement tourné vers son ex-compagne. À 50 ans, cet habitant de Laroque-d’Olmes comparaît pour une série de faits commis entre l’automne 2025 et le printemps 2026 : violences, menaces, harcèlement répété, diffusion d’images à caractère pornographique et non-respect d’interdiction de contact. En face de lui, son ex-compagne, émue, retient ses larmes. L’audience durera plus d’une heure. Et à mesure que les faits s’enchaînent, une même impression domine : celle d’une emprise devenue difficile à arrêter.
Le couple s’est formé en juin 2024. Très vite, Enzo prend toute la place dans la vie de Marie*. Au début, les échanges semblent banals. Puis les demandes deviennent incessantes. Où elle est. Avec qui. Pourquoi elle ne répond pas. Lorsqu’un message tarde, des dizaines arrivent à la suite. Jusqu’à 250.
À la barre, elle raconte d’une voix posée mais tremblante un homme jaloux, possessif, parfois incapable d’accepter le silence. Il lui réclame aussi de l’aide pour ses démarches administratives. Leur relation continue ainsi plusieurs mois, avec en toile de fond les difficultés financières du quinquagénaire, ses problèmes de consommation de cocaïne et un lien qui se dégrade peu à peu.
Les faits de violences commencent un an après leur rencontre, selon la victime. Une dispute éclate. Il l’attrape par la gorge et frappe dans une porte. Elle tente alors de rompre, mais c’est difficile. Il la menace de se faire du mal, s’excuse... Elle lui pardonne. Le lien continue malgré tout. Mais quelques mois après, rebelote. Cette fois, elle décrit quatre gifles parce qu’il veut consulter son téléphone. Le lendemain, elle reçoit un message glaçant : "Je n’ai plus rien à perdre, je vais te tuer." Mais les excuses viennent aussitôt. Il dit que ça ira mieux, qu’il va prendre des médicaments. Marie y croit encore.
À bout de force, la jeune femme coupe tout lien avec lui en février dernier. Elle le bloque. Mais lui continue de lui envoyer des mails, avec des adresses différentes à chaque fois. Menaces, insultes, chantage affectif... Même sur Vinted, il finit par la retrouver. Un mois après, tout s’accélère. Enzo publie des photos intimes du couple sur le site internet du restaurant des parents de son ex-compagne. "Je vous présente votre sainte-nitouche", écrit-il. Dans le box des prévenus, il assume son geste. Il voulait, dit-il, "rétablir la vérité sur leur fille." La présidente de la cour, Pauline Chaulet, le coupe immédiatement : "Et vous pensez que c’est une réaction d’adulte d’envoyer des photos intimes à ses parents ? On y voit même votre sexe."
Mais ça ne s’arrête pas là. Le 24 mars dernier, alors que Marie rentre avec ses enfants en voiture, elle aperçoit son ex-compagnon. Elle verrouille immédiatement les portes. Selon elle, il tente d’entrer dans le véhicule, arrache la poignée avant de saisir une fourche en métal, qu’il lève. Elle klaxonne, les enfants paniquent. Il finit par partir. Le plus jeune, âgé de huit ans, racontera : "Un monsieur est venu, il voulait parler à maman et il nous a fait peur."
Dans le box, le prévenu nie toute violence. Oui, il était là. Oui, il voulait parler. Mais selon lui, il voulait seulement récupérer "des documents administratifs et des codes" liés à la fonction de Marie. Il reconnaît avoir saisi la fourche... Mais assure l’avoir simplement "jetée par terre." Le tribunal peine à suivre la logique. "À votre avis, pourquoi elle tremble quand elle vous voit ?" Il répond sans détour : "Elle sait que je l’ai réellement aimée." La présidente souffle : "Cela n’a aucun sens."
Fin mars, une première audience lui interdit de contacter la victime et lui interdit de paraître au domicile. Mais là encore, il revient. En mai, les caméras du domicile familial de Marie à Savignac-les-Ormeaux montrent une silhouette près de la maison. Selon elle, il tente d’entrer dans le jardin, prend des photos des voitures stationnées et rôde autour de la propriété. Les gendarmes interviennent et l’interpellent. À l’audience, il reconnaît s’être rendu sur place. Il explique avoir voulu "discuter" et ne pas avoir compris la portée exacte des interdictions. "La justice n’est pas optionnelle", rappelle le tribunal.
À plusieurs reprises pendant l’audience, l’homme souffle, détourne le regard, mime des baisers ou se gratte la joue avec son doigt d’honneur tourné vers la victime. À la barre, Marie peine à parler dans le micro, sous l’émotion. Elle reconnaît avoir revu son ex pendant la période de rupture. "Il y a eu un baiser. J’avais honte. J’avais encore de l’attachement." Puis la voix se brise. "Je veux juste vivre en paix et en sécurité. Les enfants ont peur, ils me demandent s’il va revenir." Elle pleure.
Père de deux enfants désormais adultes, Enzo ne compte qu’une mention à son casier judiciaire : une condamnation en 2022 pour usage de stupéfiants. Une addiction à la cocaïne qu’il affirme avoir arrêtée. Pourtant, Marie décrit encore une dépendance à la drogue et aux jeux d’argent. Elle raconte lui avoir parfois donné de l’argent pour l’aider.
Le parquet, représenté par Prune Anglade, évoque alors un dossier de violences intrafamiliales "extrêmement préoccupant." Messages menaçants, contrôle constant, tentatives d’intrusion répétées malgré la justice, enfants témoins : "Rien ne l’arrête. Ni la séparation, ni les mineurs, ni les interdictions judiciaires." Elle requiert, entre autres, seize mois de prison dont six en sursis.
Du côté de la défense, Maître Chapelat insiste sur une rupture confuse, mal digérée des deux côtés. Une relation qui n’aurait jamais vraiment réussi à se terminer. Le tribunal prononce finalement la relaxe pour la violation de domicile, mais retient le reste. Il est condamné à huit mois de prison ferme, huit mois en sursis, suivis d’une interdiction de contact avec la victime et son domicile. À l’énoncé de la peine, le prévenu s’agace. Il se tourne vers son ex-compagne. "T’as le bonjour des enfants", lance-t-il, pouce levé. Marie éclate de nouveau en sanglots.