Jugé devant le tribunal de Foix pour des violences répétées et des menaces de mort envers son ex-compagne à Verniolle, un Ariégeois de 39 ans a été condamné à vingt mois de prison. Pendant l’audience, treize années de...
l'essentiel Jugé devant le tribunal de Foix pour des violences répétées et des menaces de mort envers son ex-compagne à Verniolle, un Ariégeois de 39 ans a été condamné à vingt mois de prison. Pendant l’audience, treize années de violences au sein du couple ont été retracées. On vous raconte.
Dès les premiers échanges, la tension est déjà bien présente. Escorté par les gendarmes du PSIG, Chris* arrive dans le box des prévenus d’un pas nerveux, le regard qui balaie le public sans s’arrêter. Chauve, barbe courte taillée, habillé d’un K-way vert : à 39 ans, cet habitant de Verniolle comparaît pour violences habituelles sur sa compagne, menaces de mort répétées et violences commises devant leurs enfants. Face à lui, treize années de vie commune racontées par morceaux. Treize années que Lise* résume en une phrase dans le dossier : "J’étais à bout, j’avais peur."
À l’origine du dossier, une plainte déposée le 12 mai dernier. Lise y décrit une relation marquée par des colères qu’elle dit anciennes, souvent liées à l’alcool, parfois suivies d’excuses, puis de nouvelles violences. Le couple s’est rencontré il y a treize ans. Deux enfants naissent de cette union et sont aujourd’hui âgés de 11 et 12 ans. Entre-temps, la famille a traversé séparation, reprises et disputes répétées.
Depuis plusieurs mois, le couple vit déjà à distance. Lui a quitté l’Ariège pour la Thaïlande, où il a acheté un bar à l’automne dernier avec l’idée, selon lui, de s’y installer avec la famille. Pourtant, elle reste en Ariège avec les enfants. La rupture s’installe peu à peu. Puis viennent les messages. D’abord nombreux. Ensuite de plus en plus menaçants.
Sur les captures d’écran versées au dossier, les mots sont directs : "On va mourir tous les deux. Je vais te mettre le fusil dans la gorge. Tu vas mourir comme une pute." Il envoie même des messages à des proches de Lise : "Si les enfants ne me rappellent pas, je te défonce la gueule." Dans le box, le prévenu ne cesse de couper la parole à la présidente, Sun-Yung Lazare. Il ne conteste pas les menaces, mais cherche à s’expliquer. "J’étais à l’autre bout du monde. Je voulais lui faire du mal à distance parce qu’elle me bloquait avec les enfants. J’ai les nerfs... Je m’en veux de leur faire vivre ça."
Mais l’audience dépasse largement les messages récents. Des photographies prises au fil des années sont projetées au dossier : visage tuméfié, traces visibles, blessures anciennes. Une cousine raconte même un trajet en voiture devenu chaotique : Lise au volant, lui assis à côté, des coups pendant le trajet jusqu’à ce qu’elle s’arrête en urgence. Derrière, la voiture de la famille suit. Les enfants quittent alors le véhicule pour le rejoindre.
Sa mère aussi témoigne. Elle raconte ces appels en pleine nuit, quand sa fille quittait la maison pour se cacher ailleurs, désespérée. Son oncle évoque un homme "nerveux", capable de s’emporter brutalement.
Dans le box, Chris soupire, coupe parfois la parole, se tourne régulièrement vers la salle. Il reconnaît "certaines violences", mais en minimise la portée. "Oui, il y a eu quelques balayettes. Mais pas tout ce qu’on dit. Je ne l’ai jamais frappée au sol. Et ce n’est pas tout le temps ça." Quand la présidente lui demande précisément ce qu’il reconnaît, il hésite. Puis revient sur les disputes. "Ça commence par des bousculades, après elle griffe... Je ne justifie pas mais j’explique." Le tribunal le reprend : "Vous expliquez beaucoup. Mais vous reconnaissez quoi ?" Les réponses restent floues.
Les enfants, eux, ont aussi parlé pendant l’enquête. Ils racontent des scènes vues à la maison. Une assiette qui ne convient pas. Des papiers introuvables. Une colère qui monte. À chaque fois, leur mère est plaquée au sol, reçoit des coups dans les jambes, le ventre, les cheveux sont tirés. Une fois encore : un coude donné alors qu’elle se trouvait sur un scooter après une sortie plage. Sa fille raconte même avoir préféré rentrer à pied ce jour-là.
À l’audience, Chris baisse parfois la tête, puis relève brusquement les yeux. "J’aurais aimé qu’ils soient là pour m’excuser." Pour la partie civile, représentée par Maître Faubert, le dossier raconte surtout "trois vies bouleversées par celui qui aurait dû les protéger." L’avocate parle d’une violence installée dans la durée, d’un cycle qui revient sans cesse : tensions, coups, excuses, puis reprise. Lise, dit-elle, est aujourd’hui épuisée, sous anxiolytiques, avec une peur qui dépasse désormais sa seule personne : "Pendant longtemps, elle a tenu en se disant 'tant qu’il s’en prend à moi, il ne s’en prendra pas aux enfants'. Mais aujourd’hui, eux aussi ont peur."
Le procureur de la République, Olivier Mouysset, insiste sur le contexte. "Trente-six féminicides depuis janvier", rappelle-t-il en ouverture des réquisitions. Il évoque aussi le casier du prévenu : vingt-deux mentions, dont une condamnation pour violences conjugales en 2011. "Il connaît déjà le prix de ces infractions. Pourtant, quand on lui résiste, il revient à la violence." Le magistrat requiert une peine de prison ferme, une interdiction de contact et le retrait de l’autorité parentale.
La défense, assurée par Maître Trouvé, demande au tribunal de tenir compte d’un parcours personnel chaotique : placements en foyer dès l’enfance, absence de repères stables, addictions anciennes... "Il faut sanctionner, oui. Mais il faut permettre une évolution et un accompagnement." Dans ses dernières paroles, Chris interrompt encore une fois la présidente avant de se reprendre. "Si je ne vois plus mes enfants... C’est compliqué."
Le tribunal suit en grande partie les réquisitions. Le prévenu est condamné à trente mois de prison dont dix avec sursis. Il doit suivre des soins et travailler. Il lui est interdit d’entrer en contact avec Lise et de paraître à son domicile pendant trois ans. Son autorité parentale lui est retirée. À l’énoncé de la décision, il reste debout quelques secondes, regarde la salle une dernière fois, puis se tourne vers son avocate. "C’est fini pour moi financièrement", lâche-t-il, avant d’être reconduit hors de la salle.