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"Je pense que nous avons besoin de cette rivalité" : Richard Astre analyse Béziers-Narbonne et sort la boîte à souvenir d'un des derbies les plus mythiques du rugby

Дата публикации: 23-09-2026 15:49:52

L’ancien demi de mêlée Richard Astre (78 ans), nommé capitaine du grand Béziers par Raoul Barrière à la fin des années 60 et pendant dix ans, raconte ce que représente le derby face à Narbonne. Difficile de ne pas...

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L’ancien demi de mêlée Richard Astre (78 ans), nommé capitaine du grand Béziers par Raoul Barrière à la fin des années 60 et pendant dix ans, raconte ce que représente le derby face à Narbonne. Difficile de ne pas citer la finale de 1974…

Béziers-Narbonne, ça vous inspire quoi ?

Des souvenirs très agréables. Mais d’abord, il faut expliquer qu’un derby, c’est toujours un match difficile. Le contexte est passionnel et cela augmente la difficulté à maîtriser ses émotions.

L’émotion va dans tous les sens : sur le joueur, le dirigeant, le supporter et même au-delà, sur toute la population. Ce n’est pas un match ordinaire. Et cela permet aussi aux supporters d’exprimer fortement leur soutien. C’est un peu la mamelle du sport collectif en général.

Mais surtout, quand on parle de ce match, on parle de l’histoire. Et comment évoquer l’histoire de ce match de 1974.

Vous étiez titulaire lors de cette fameuse finale du championnat en 1974 et cette victoire à l’arraché (16-14) sur un drop mémorable de Henri Cabrol.

Bien sûr. Avant, le championnat était organisé différemment. Il y avait huit poules de huit équipes, donc on se rencontrait très peu. Pendant ma période, sur une dizaine d’années, nous n’avons pratiquement pas rencontré Narbonne en phases éliminatoires.

En championnat, nous ne les avons trouvés sur notre chemin qu’une seule fois, en finale, en 1974. Il y avait bien d’autres compétitions, comme le Challenge Yves-du-Manoir, mais en championnat, c’était cette finale.

Avec un scénario particulier : c’était la première finale organisée à Paris, pour l’inauguration du Parc des Princes. Tout le Languedoc est monté à Paris. Il y avait une espèce de fraternité, au-delà du match, entre les supporters de Narbonne et ceux de Béziers.

Cette finale a-t-elle fini de forger l’histoire entre les deux clubs ?

Tout à fait. Je pense que c’est le match le plus important de l’histoire du club. Ça a été un point de bascule, avec des sentiments très forts.

Et c’est assez inimitable, parce que deux villes séparées de seulement 25 kilomètres, c’est exceptionnel. À part Bayonne et Biarritz, et dans une certaine mesure d’autres rivalités du Sud-Ouest comme Dax ou Mont-de-Marsan en 1963, on retrouve un peu cette situation.

On peut aussi remarquer que ce sont des régions avec une culture de la tauromachie très présente. On ressent ce côté passionnel, encore une fois.

En 1974, Michel Palmier vole le ballon en touche et vous faites la passe à Henri Cabrol qui inscrit le drop de la victoire. Vous souvenez-vous de ce moment comme si c’était hier ?

Oui, complètement. Je l’ai revu et raconté des milliers de fois. Nous avions, sur le plan stratégique, innové en organisant des touches à cinq joueurs, ce qui n’existait pas à l’époque. Cette forme de jeu a ensuite été reprise à tous les niveaux, y compris au niveau international. Nous, nous avions cinq grands joueurs. Et la majorité de nos adversaires n’en possédaient que trois, très rarement quatre. Cela nous donnait une assurance de gagner le ballon.

Nous avions inauguré cela en demi-finale, lors du match précédent contre Brive (19-10). Il n’y avait évidemment pas la vidéo et les autres équipes n’avaient pas eu le temps d’observer notre système.

À lire aussi : Rugby : Béziers - Narbonne en quatre derbies historiques

Vous étiez précurseur, donc…

Oui. Mais pour revenir à cette action, la touche était pour Narbonne. C’est moi qui commandais la touche pour que tout le monde se mette à cinq. Je faisais mes commandements comme au basket, avec les mains. Tout le monde a répondu à ce commandement. Claude Spanghero était imbattable en touche, et pourtant, Michel Palmier a réussi à dévier. La suite, vous la connaissez. Et je pense que notre expérience a fait la différence.

Sentiez-vous que Cabrol allait tenter le drop ?

Il n’y avait pas besoin de réfléchir. Il fallait marquer. C’était une réflexion collective : on va chez l’adversaire, on occupe le terrain et on essaie de marquer de la façon la plus adéquate au moment présent. Je marque deux drops et Henri le troisième. Cela aurait pu être une percée. Mais, dans cette situation, nous avons tous imaginé cette réalisation technique. À un certain niveau, les joueurs sont capables de bien réaliser ces gestes.

"Nous nous nourrissons les uns et les autres"

Diriez-vous que Béziers-Narbonne est LE derby du rugby ?

Pour nous, Biterrois, oui, évidemment. Mais il faut regarder l’histoire. Même un match amical peut attirer 13 000 spectateurs. C’est vraiment exceptionnel. Ce ne sont pas des phénomènes courants sur l’ensemble du territoire. Ce sont des signes très forts.

Quand on est Biterrois, est-on est habité par ce match ?

Oui, on est habité par la passion. Il y a de la fierté à travers cette rencontre, chez les plus grands comme chez les plus petits.

Les Biterrois aiment-ils les Narbonnais, et inversement ?

Oui, je pense. Il ne faut pas que ce soit un autre sentiment que celui-là pour qu’il y ait du respect. Je pense que nous avons besoin de cette rivalité. Les Narbonnais l’ont de la même façon. Nous nous nourrissons, les uns et les autres, de cette rivalité. Ce qui attire aussi nos plus jeunes joueurs, c’est cette adrénaline. Ils sont éduqués avec ça.

Avez-vous le souvenir d’un Béziers-Narbonne qui ait vraiment dégénéré ?

Oui. Il y en a eu un, alors que c’était quasiment un match amical. C’était en 1968, lors du Challenge Cadenas. Venant de Toulouse, je n’étais pas particulièrement habitué à ce contexte, mais je n’étais pas le seul, alors même que nous avions beaucoup d’estime les uns pour les autres. Ce match a littéralement dégénéré, chargé de violence. On était redescendus à un rugby de village.

Qu’est-ce qui avait provoqué cette situation ? Des mauvais coups ?

Oui, il y a eu des coups, des bagarres générales qui n’ont pas pu être arrêtées. Même l’arbitre avait reçu un coup de poing. Heureusement pour nous, cela n’a jamais été filmé. Il n’y avait pas de téléphone portable. Sinon, ça aurait fait la une ! Personnellement, je n’ai jamais participé à un match aussi lunaire. Je n’ose même pas le raconter.

"Créer une véritable osmose"

Suivez-vous toujours l’ASBH aujourd’hui ?

Oui, bien sûr. Depuis deux ans, beaucoup de choses ont changé, avec l’arrivée d’un nouvel actionnaire. Il faut le temps de s’installer. Beaucoup de joueurs sont partis, d’autres sont arrivés. Il faut véritablement que les joueurs se comprennent et qu’ils se sentent bien. C’est un sport collectif de haut niveau. Cela ne supporte pas les moindres négligences.

À nos débuts, nous aussi, nous avons été en difficulté parce qu’il y a beaucoup de monde sur un terrain de rugby. Au niveau de l’esprit d’équipe, il faut voir les choses de la même façon. Il faut parvenir à créer une véritable osmose. Ça passe par du temps et de la compréhension. Il y a de bons joueurs au sein de cette équipe, mais elle a encore beaucoup de mal à concrétiser. Elle est en difficulté sur certains points fondamentaux.

Quel est votre pronostic ?

Il y a toujours l’avantage du terrain. Mais à l’instant T, Narbonne a fait un meilleur début de saison que Béziers.

Peut-on déjà parler d’un match décisif pour le maintien ?

Non, il est encore trop tôt pour savoir comment se passera la suite. C’est long, vous savez. À la base, le rugby est un sport éducatif. Et dans l’éducation, il y a de tout. Il faut du temps entre le staff et les joueurs, entre les joueurs eux-mêmes. Ça ne se fait pas en un tour de main.

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