Ce roman graphique est remarquablement illustré par la Biélorusse Dina Melnikova. ...
De l'encre de Chine, des doubles pages sans texte, sans mots, sans voix sinon celle de leur silence, de leur nostalgie, de leur regard tourné vers le carrefour du passé et de l'avenir. On entre immédiatement dans cet album aux accents autobiographiques de la très talentueuse Elisa Sartori (Italie, 1990), En terrain connu. Publié dans la collection Les Randonnées graphiques des éditions belges Cotocotcot qui, d'Uzès à Paris, fêtent dignement leurs vingt-cinq ans, il est remarquablement illustré par Dina Melnikova, cette artiste originaire du Belarus, qui sait traduire la poésie d'un pot de terre renversée, d'une plante bientôt replantée.
Elisa Sartori, autrice de "En terrain connu" (Cotcotcot éditions). ©D.R.La ville, l'intérieur d'un appartement, des clés sur une note de restaurant ou autre, et toute la vie s'invite dans cet intérieur imaginé, celui que la narratrice s'apprête à quitter pour rejoindre sa famille en Italie, le temps des vacances, celui aussi de retrouver ceux qu'elle aime, d'apercevoir leurs cheveux blanchis, de comprendre qu'ils ont appris à vivre sans elle.
Mais avant cela, il aura fallu embarquer, essayer d'échapper à la place près du hublot, pour mieux fuir l'angoisse.
Devenu routine, le voyage avec son aéroport tristounet et ses files interminables n'en revêt pas moins des allures modernes du purgatoire de Dante Alighieri dont l'illustratrice s'inspire pour certains dessins, pour le mouvement donné à ces êtres qui s'étirent afin de chasser la fatigue ou qui sombrent dans un ennui profond. Comme une succession de croquis, d'études du corps humain menant ensuite à une allégorie.
Avec ses turbulences, ses témoins lumineux, ses voix métalliques, Elisa Sartori, Prix de la Première œuvre en Fédération Wallonie Bruxelles pour Je connais peu de mots (Cotcotcot éditions 2021), décrit le voyage par le menu pour arriver à l'essentiel, le retour aux pays qui n'est déjà plus le sien et ne le sera jamais plus. Ainsi va l'exil. La jeune femme ne connaît plus l'insouciance des vacanciers qui applaudissent à l'atterrissage et poseront leurs pieds légers sur le sol d'Italie.
Ses proches vont à nouveau la bombarder des mêmes questions, tenter de savoir par tous les moyens comment sont les gens là-bas. Mais voilà venu le temps des retrouvailles, des embrassades, de ce père un peu vieilli qui l'attend sourire en coin et fleurs à la main.
"Je réalise combien ils me manquent seulement lorsque je les vois. Je suis alors prise entre deux sentiments : la culpabilité de l'éloignement et la joie des retrouvailles" écrit Elisa Sartori qui par ces mots parlera certainement à tous ceux et à toutes celles qui ont fait le choix de l'éloignement et qui éclairera ceux qui ne connaissent pas cette éternelle recherche des racines.
Le roman "Mori" de Marie Colot et Noémie Marsily sacré Pépite au salon du livre jeunesse à Montreuil!Intensité, retour des saveurs et des odeurs, onctuosité de la lasagne maison, plan aérien sur la table familiale… Tout redevient comme avant, comme si elle n'était partie que cinq minutes plus tôt. Le temps s'est raccourci, presque effacé. Mais la vérité s'impose, elle ne fait plus vraiment partie de leur vie. Un mélange de sentiments s'invite à table. Puis revient l'heure du départ, du chemin à inverse, en silence cette fois, des larmes qui coulent durant tout le voyage, des turbulences de l'âme dessinées par Dina Melnikova, du vol du retour et de ce temps indispensable pour se réapproprier sa vie. Et partager un verre dans le jardin de la voisine. Un aller-retour dont on ne sort pas indemne.
Dina Melnikova, illustratrice de "En terrain connu" (Cotcotcot éditions). ©D.R.En terrain connu | Roman graphique | Elisa Sartori et Dina Melnikova, Éditions Cotcotcot, collection Les Randonnées graphiques, 200 pp., 24 €
"En terrain connu" (Cotcotcot éditions). ©Cotcotcot éditionsPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.
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