Zabus et Bodart nous offrent un pur moment d’humanité simple et touchant. ...
"Si vous ne comptez pas les œuvres collectives, cela doit faire 20 ans", sourit Denis Bodart. Vingt ans que cet immense auteur a signé sa dernière BD (Green Manor, Dupuis) dont neuf années passées sur la réalisation de Si je t'écris… en collaboration avec Vincent Zabus.
"Nos vies partagées" : quelques bouts de vies wallons, vus par un Breton"Huit ou neuf ans, selon les calculs", ajoute le dessinateur : "Cela représente tout de même un quart de mon parcours professionnel. C'est énorme, j'en suis conscient et c'est pour cela que je voulais que cet album soit à la hauteur. Il y avait un vrai stress et une question : est-ce qu'on va réussir à toucher les lecteurs ?"
Une collaboration magique entre Vincent Zabus et Denis Bodart. ©DupuisSi je t'écris…, c'est un pan de l'histoire de Louis, un gamin de dix ans qui a bien grandi, qui a fondé une famille et qui se décide à revenir dans la maison de vacances qu'il partageait avec son père, son oncle et sa tante.
Les années ont passé mais Louis n'a rien oublié de ses jeux de plage, des soirées avec les "grands", de cette immense maison juchée au-dessus de la falaise qui effrayait tous les gamins. Rien oublié de cette drôle de sorcière qui l'habitait et hantait le cimetière. Rien oublié de sa rencontre, en pleine nuit, avec cette vieille dame qui parlait avec les morts. Rien oublié de cette lettre destinée à sa maman qu'il a écrite, seul dans sa chambre, quelques jours après son anniversaire, avec le son nouveau "Waterman". Une lettre pour cette ombre omniprésente chez Louis et chez les "grands" même s'ils ne le disaient pas.
Une certaine belgitude des choses simplesUne lettre que la "sorcière qui parle aux morts" pourrait peut-être transmettre à sa maman. Une lettre dont, magie de la bande dessinée, chaque lecteur imaginera le contenu avec ses mots, ses émotions du moment.
"Je ne pouvais pas dessiner cette scène si je ne connaissais pas le contenu de cette lettre. J'ai donc décidé de l'écrire", explique Denis Bodart sans rien dévoiler de sa lettre, ni de celle de Louis. Une missive présentée comme un "outil émotionnel" par le dessinateur qui ne peut cacher son attachement pour tous ses personnages et en particulier pour Louis. "Quand on a 63 ans et qu'on raconte l'histoire d'un gamin de dix ans dans les années 70, on y met forcément du sien. j'avoue qu'il y a beaucoup de moi tant dans les personnages que dans certains lieux, certains décors", lâche-t-il à mi-voix, avant d'ajouter : "c'est un album très personnel, même si je travaille avec Vincent Zabus au scénario et même s'il ne raconte pas mon histoire".
La sensibilité de Vincent Zabus, sa capacité d'homme de théâtre à raconter des histoires sensibles, on commence à connaître. Un de ses textes habité par Denis Bodart, c'est nouveau et ça bouleverse la lecture, ça donne de l'épaisseur aux personnages, au décor, à tout le récit. "je dois habiter chaque personnage, chaque scène. Il faut une synchronisation parfaite entre le texte et la case. J'ai l'impression d'avoir beaucoup appris dans cette aventure. Il n'y a rien de plus difficile que d'atteindre l'intériorité des personnages dans un scénario aussi riche en émotions. J'ai beaucoup recommencé. En 8 ou 9 ans, on a eu le temps de s'engueuler, d'en avoir marre, de dire qu'on n'y arriverait jamais", sourit encore Denis Bodart qui est finalement parvenu à boucler avec grâce cette aventure terriblement touchante.
⇒ Si je t'écris… | Bande dessinée | Vincent Zabus – Denis Bodart, Dupuis, 80 pp., 18,95 €
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