À compter de 2003, la RD Congo entre dans une phase de démocratie armée. Les joutes politiques sont ponctuées de mouvements insurrectionnels locaux, toujours soutenus par le Rwanda, sur lesquels se greffent les hommes politiques en quête d’influence. Après une période d’accalmie, Lumbala ne manque pas la nouvelle occasion, comme le rappelle la cour d’assises […]
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À compter de 2003, la RD Congo entre dans une phase de démocratie armée. Les joutes politiques sont ponctuées de mouvements insurrectionnels locaux, toujours soutenus par le Rwanda, sur lesquels se greffent les hommes politiques en quête d’influence. Après une période d’accalmie, Lumbala ne manque pas la nouvelle occasion, comme le rappelle la cour d’assises de Paris, qui a condamné le dévoué lieutenant de la mafia des Grands Lacs en décembre dernier pour crime contre l’humanité.
Par Tidiane de Loyola
En 2003, une timide éclaircie apparaît dans l’avenir de la République démocratique du Congo. Après des mois de pourparlers, les accords de Sun City, en Afrique du Sud, viennent mettre fin – sur le papier – à la guerre mondiale africaine. Chacun des pays belligérants est appelé à renvoyer son armée à l’intérieur de ses frontières et à cesser d’appuyer les groupes. Les mouvements de rébellion se transforment en partis politiques et les chefs de guerre en ministres, dans une période dite de transition qui doit accoucher d’une nouvelle constitution.
À ce jeu, Jean-Pierre Bemba, boss du Mouvement de libération du Congo (MLC), devient vice-président quand son fidèle allié, Roger Lumbala, expert es pillage de ressources, se voit nommer ministre du Commerce. Un rôle de composition qu’il tient quelques mois avant qu’un scandale de corruption ne l’oblige à démissionner en 2004. A cette fâcheuse péripétie, l’ancien chef de guerre trouve une parade simple et originale : sa femme le remplace au ministère et il devient son directeur de cabinet.
Bemba danse la défaiteÀ ce moment-là, les affaires tournent bien pour le président du RCD-N, la guérilla officiellement devenue parti politique. Naturellement, ses équipes en font leur candidat pour la première élection présidentielle qui se tient en 2006, au son des canons. Face à Joseph Kabila, fils de son père assassiné et soupçonné d’être devenu un allié du Rwanda, Jean-Pierre Bemba, originaire comme Mobutu de Gbadolite, joue sur le sentiment national, faisant mine d’oublier qu’il a longtemps été lui-même soutenu par l’Ouganda et le même Rwanda.
Fort de ses 0,45 % de voix au premier tour, Lumbala rallie Bemba – une vieille habitude – pour devenir son porte-parole avant le second tour. En vain, le jeune Joseph devient le premier Président élu du Congo…. Une nouvelle danse de la défaite pour le duo Bemba-Lumbala et le début d’un calvaire judiciaire pour le 1er nommé.
Arrêté en 2008 à Bruxelles sur mandat de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, incarcéré à La Haye, l’ancien homme d’affaires quitte la politique pendant près d’une décennie, jusqu’à son acquittement en appel en 2018.
Joseph Kabila, président de la RDC de 2006 à 2019
Lumbala se retrouve sans mentor mais pas sans ressources. Élu député national et provincial, l’homme peut compter sur une manne de plusieurs milliers de dollars chaque mois. Surtout, il attend patiemment son heure. Lors de l’élection présidentielle de 2011, il renoue avec ses premières amours en soutenant ouvertement Étienne Tshisekedi, l’ancien Premier ministre dont le fils, Félix, dirige actuellement le pays. Las, encore une fois, le jeu démocratique lui joue des tours. Kabila est réélu pour un 2e mandat….
Mais le destin, à nouveau, frappe à la porte, ou plutôt le Rwanda. Soutenu et armé par Kigali – désormais une habitude – le mouvement du 23 mars (M23) prend les armes en mai 2012 à l’est du pays, conquiert le Nord-Kivu et sa capitale Goma en novembre, avant que la communauté internationale ne siffle la fin de la récréation. De fait, Barack Obama menace le Rwanda de Paul Kagame de suspendre toutes ses aides au Rwanda s’il continue à soutenir cette rébellion. Le M23 se retire de Goma avant Noël 2012, et sera même défait militairement courant 2013 par l’armée congolaise et la brigade d’intervention de l’ONU.
Aux premières loges pour le M23 et l’A7 d’Étienne TshisekediLumbala, lui, semble avoir choisi la mauvaise fenêtre de tir. Il rallie le M23 fin 2012, participant même aux négociations de paix de Kampala. Juste avant la déroute du mouvement, qui abandonne les armes officiellement en novembre 2013. Cette adhésion tardive est sanctionnée par la destitution de tous ses mandats et la délivrance d’un mandat d’arrêt de la justice congolaise à son encontre pour trahison. En outre, il est soupçonné d’avoir aidé un général congolais, John Tshibangu, à créer un mouvement d’insurrection pour renverser Joseph Kabila, l’A7. Un acronyme étrange dont Lumbala révèle la signification lors d’une interview à Afrikarabia en 2014. « Que veut dire A7 ? Cela veut tout simplement dire : « Armée de Soutien à Étienne Tshisekedi (ASET) ».
Roger Lumbala (2e à partir de la droite en beige) aux côté d’Étienne Tshisekedi, photo non datée.
Devant les juges d’instruction français, qui l’interrogent sur son parcours, il sera encore plus enflammé. Extrait de l’arrêt de la cour d’assises : « l’accusé a rallié le M23 en 2013, ce qui a eu pour effet que les autorités congolaises décernent contre lui un mandat d’arrêt international du chef de trahison, concernant des liens qu’il aurait entretenus au travers du mouvement M23 avec une puissance étrangère ennemie, d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État car il se voyait reprocher d’avoir ourdi un complot contre le chef de l’État, d’organisation d’un mouvement insurrectionnel, pour avoir dirigé, courant 2012, le mouvement ‘A7’, et de terrorisme, pour des actes commis depuis 2012 avec le mouvement M23. Devant le juge d’instruction, l’accusé a justifié son rapprochement avec le mouvement armé du M23 en disant qu’il y voyait l’occasion de réintroduire dans les débats la personne d’Étienne Tshisekedi, son mentor, qui, selon lui, s’était fait voler la précédente élection présidentielle.»
Réfugié en France à compter de 2012, Lumbala attend patiemment une amnistie pour renouer avec la politique et les affaires au pays. Ce sera le cas en 2017. Joseph Kabila, qui ne peut se présenter à la présidentielle pour un 3e mandat, fait « glisser» les élections, en négociant avec quelques opposants conciliants un gouvernement d’union nationale. Alors que le M23 fait quelques incursions à l’est du pays, depuis l’Ouganda, Lumbala est autorisé à rentrer.
Son retour en politique se concrétise réellement après le très controversé scrutin de 2018 qui voit accéder à la magistrature suprême Félix Tshisekedi, le fils d’Étienne, premier mentor de Lumbala. Une occasion rêvée. En 2020, un nouveau parti de soutien au Président voit le jour : la Base de la République qui vise à défendre et promouvoir l’action du nouveau chef de l’Etat. Mais la nouvelle aventure va tourner court….
À suivre (4/4) : l’addition judiciaire.
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